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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 08:17

Foxfire, confessions d'un gang de filles

FOXFIRE, confessions d'un gang de filles
Film franco-canadien de Laurent Cantet avec Avec Raven Adamson, Katie Coseni, Madeleine Bisson. (2012 - vostf - 2h20)
1955. Dans un quartier populaire d'une petite ville des Etats-Unis, une bande d'adolescentes crée une société secrète, Foxfire, pour survivre et se venger de toutes les humiliations qu'elles subissent.
Avec à sa tête Legs, leur chef adulée, ce gang de jeunes filles poursuit un rêve impossible : vivre selon ses propres lois.
Mais l'équipée sauvage qui les attend aura vite raison de leur idéal.

 

"Foxfire, confessions d'un gang de filles" : La fureur de vivre, au féminin pluriel

Foxfire, confessions d'un gang de filles est adapté d'un roman de Joyce Carol Oates de 1993 (la traduction est parue chez Stock sous le titre Confessions d'un gang de filles). L'auteure imaginait le récit par l'une de ses membres des exploits d'une bande d'adolescentes qui terrorisent une petite ville du nord de l'Etat de New York, au temps d'Eisenhower.

A l'opposé de la matière semi-documentaire que Cantet a souvent travaillée, on saute ici à pieds joints dans la fiction. Rien n'indique qu'un groupe de filles aux idéaux révolutionnaires ait sévi à l'époque aux Etats-Unis.

Affranchi de la réalité, Laurent Cantet lui témoigne pourtant toujours le même respect. Ce qu'il veut montrer doit obéir aux lois de la vie en société, et la dynamique du groupe des filles est dépeinte avec une exactitude mathématique, pour mieux amener les paroxysmes, la tragédie. Au centre de ce groupe, on trouve Legs (Raven Adamson), orpheline de mère, abandonnée par son père, animée par une colère inextinguible. Elle attire des particules de désordre : Maddy (Katie Coseni), une intellectuelle frustrée (elle est d'un milieu trop modeste pour que les enseignants lui prêtent attention), Rita (Madeleine Bisson), victime des désirs que suscite sa beauté, Goldie (Claire Mazerolle), une authentique brute. Legs se forge toute seule une idéologie révolutionnaire, empruntant quelques bribes de discours à un prêtre défroqué, passé à l'alcoolisme avec un détour par le léninisme, et fonde une société secrète, qu'elle baptise Foxfire.

 

Les impasses de l'utopie

Le groupe commence par se venger des hommes qui les oppriment, les menacent et les violentent. Ses premiers exploits (graffitis, corrections musclées) sont filmés avec une jubilation qu'on ne connaissait à l'auteur. La bête machiste n'est pas sans ressources et prend bientôt le dessus sur les révolutionnaires. Legs se retrouve en maison de correction.

Foxfire a été tourné dans l'Ontario, où l'on trouve encore les paysages urbains qui ont disparu des villes des Etats-Unis. Laurent Cantet a fouillé pour faire remonter à la surface ce que l'on ne voit quasiment jamais des années 1950 lorsque le cinéma américain s'en empare : la pauvreté, l'inégalité, la violence institutionnelle.

Bien sûr, les voitures sont grosses, et les autoradios crachent la musique de l'époque, rock'n'roll générique, ballades sirupeuses. Mais ces lieux communs ne sont là que parce qu'on ne peut faire autrement. D'ailleurs, sur la bande-son, on entend mieux le très contemporain et très mélancolique groupe canadien Timber Timbre que les classiques de l'époque.

La deuxième partie du film, après la libération de Legs, oppose l'euphorie de la violence révolutionnaire à la difficulté de l'utopie réalisée. La bande de filles, qui ne fait que croître, connaît les affres de toutes les organisations : les factions, les rivalités entre orthodoxes et novateurs, le culte de la personnalité, le poids de l'organisation quotidienne, le risque de la surenchère dans l'action - jusqu'au drame. A la place des intellectuels exaltés que l'on trouve d'habitude dans ces situations, Joyce Carol Oates et Laurent Cantet ont placé des adolescentes qui ne sont pas seulement mues par la soif d'absolu ou l'envie de pouvoir, mais aussi par le désir. C'est dans cette double nature des personnages que réside la force d'attraction de Foxfire.

Cantet a choisi ses actrices parmi des jeunes filles inexpérimentées avec le même bonheur que pour Entre les murs. Il a demandé à ces teenagers qui ont l'âge (et la nationalité) de Justin Bieber de revenir à un état d'innocence et de révolte qu'elles semblent avoir trouvé du premier coup. Raven Adamson et ses camarades se meuvent dans cet univers flottant entre histoire et utopie avec une aisance à couper le souffle. Ce sont elles qui font oublier les artifices du scénario et font passer les démonstrations politiques un peu systématiques. Elles, finalement, qui raniment la flamme de la révolte.

 

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 10:38

Article 23 

ARTICLE 23
Film français de Jean Pierre Delépine avec Edouard Baer. (1h21)

 

Projection en présence du réalsateur du film Jean-Pierre Delepine

Vendredi 8 Février à 18h au Palace de Romorantin

et Vendredi 8 Février à 21h au Ciné Lumière de Vierzon

 

IMPRIMEZ VOS TICKETS DE REDUCTION EN CLIQUANT ICI


On oublie trop souvent que l'article 23 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme stipule que chaque être humain a droit à un travail...
A travers le récit d'une histoire largement inspirée de faits réels, ce film interroge avec acuité "la valeur travail" et le drame du chômage. Avec l'humour du désespoir, il décape au vitriol la brutalité opérée par des cabinets de recrutements et les coulisses de ce métier si lucratif. Embaucher.
Article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'homme : "Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts."
 

Jean-Pierre Delépine

 

Jean Pierre Delépine

réalisateur du film

animera un débat aprés la projection du film...

Après avoir travaillé pendant de nombreuses années dans un cabinet de recrutement jusqu'à en être dégouté, Jean-Pierre Delépine a décidé en 2011 de consacrer un film à ce monde du management et du travail qu'il a vu dans ses recoins les plus sombres. Intitulé Article 23.

Ce premier film narre les destins croisés de trois personnages, certains victimes, d'autres responsables de la violence sociale ordinaire d'un marché du travail sans pitié. Ecrit et réalisé par Jean-Pierre Delépine, il sort en décembre 2012.

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 09:53

La paradeLA PARADE
Drame, comédie serbe, croate de Srdjan Dragojevic avec Nikola Kojo, Milos Samolov, Hristina Popovic...(2012 - vost - 1h55)
Lemon, parrain des gangsters de Belgrade, se voit obligé d’assurer la sécurité de la première GayPride de Serbie.
Pour l’aider dans cette mission impossible, il part à la recherche d’anciens mercenaires. Comment cet équipage hétéroclite qui n’aurait jamais dû se rencontrer
va-t-il arriver à transcender les frontières et leurs différences ?

La Parade : serbe, croate, bosniaque, albanais, pédé même combat... 

Il est des films qui auront beau privilégier l'évidence d'un message au détriment d'une finesse de réalisation et qui sauront pourtant, par leur vitalité et par leur engagement, emporter l'adhésion du public, qu'elle se fasse grâce à ou en dépit de ce choix. La Parade en fait partie.

 

L'histoire est celle d'un road-movie politique. Pour reconquérir la femme qu'il aime, Lemon un gangster serbe macho mais attendrissant ( Nikola Kojo, La Vie est un Miracle, et son bulldog au poil) va devoir assurer le service d'ordre de la première Gay Pride de Serbie. Abandonné par ses amis et collègues, il devra faire appel à d'autres ressources. S'engage alors, en compagnie d'un rondouillard vétérinaire gay, un road-movie où ils retrouveront les joyeux compagnons d'armes de tout horizon du serbe (''Technik'') – croate (''Oustachi'' mention spéciale à l'irrésistible Goran Navojec), albanais (''Shqiptar'') et... homosexuel (''pédé'') même combat. Comique et tragiquement réel, impertinent et aisément appréciable, La Parade est enthousiasmant et peut-être plus subtil qu'il n'y paraît.

 

La ParadeFin novembre, c'est un brillant documentaire français, Les Invisibles, qui apportait sa pierre à l'édifice de la revendication d'une égalité de droits étendue aux homosexuels. Le message y composait plutôt le sous-texte tandis que, dans La Parade, il en formule le sur-texte qui chapeaute en permanence le développement du film. Les Invisbles était cinématographique avant d'être militant ; La Parade serait donc militant avant d'être cinématographique. Le plus souvent alors, le critique dit ''exigeant'' condamnera la seconde forme au profit de la première. Il préfèrera le ''dur labeur du cinéma'', la ''neutralité de l'art véritable'' et ''l'objectivité critique''. Tandis que le critique ''amateur'' préférera au contraire le ''simple plaisir du grand public'', et le ''sujet de société'' aux affres de l'intellectualisme et de l'esthétique. Incontestablement les moyens diffèrent mais il est peut-être malaisé d'en tirer de telles conclusions qui rejouent des divisions que les deux films visent justement à combattre.

 

La ParadeLà où Les Invisibles débordait de la pure et simple contribution au débat actuel en s'attardant au singulier, celui d'homosexuels âgés tous de plus de soixante dix ans, hommes et femmes de diverses classes sociales, La Parade joue certes de stéréotypes en choisissant l'efficacité codifiée de la comédie populaire, – qui ravira les uns et lassera les autres. Mais le film de Srdjan Dragojevic ne se laisse pas non plus réduire à une lutte locale. La petite voiture rose que conduisent les deux héros sera à chaque étape taggée d'une nouvelle insulte (sale technik, sale oustachi etc.), la suivante venant recouvrir la précédente avant de faire disparaître le sale pédé du début. C'est ainsi l'absurdité de toutes ces haines qui finira par apparaître. Le message n'est donc aussi simplet qu'il en a l'air : au-delà de la Gay Pride, ce sont tous les combats qui ne doivent pas se laisser diviser. Et le film questionne aussi bien la normalité des relations homme-femme, des rapports entre ethnies, entre hétéro et homo etc.

 

La ParadeQuant à la réponse apportée de l'union fait la force, elle est peut-être utopique et facile, elle reste conquise de haute lutte. Et l'on apprécie pour finir que, ce qui pourrait virer au politiquement correct d'un Hit and Run, se révèle brut de décoffrage et jubilatoire. L'homosexuel ouvert donne une leçon à l'hétérosexuel borné qui en retour lui répond : bats-toi comme un homme, un vrai, soit un pédé, un vrai pédé qui garde la tête haute. Contribuer à l'histoire sociale c'est peut-être tout autant contribuer à l'histoire des formes de l'art.

 

Par Léo Pinguet


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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 09:13

The MasterTHE MASTER
Drame de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams...(vost - 2h17)
Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui… Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd – « le Maître », charismatique meneur d’un mouvement nommé la Cause, il tombe rapidement sous sa coupe...

 Paul Thomas Anderson synthétise les angoisses de l'Amérique d'après guerre à travers le portrait d'un soldat pris dans les griffes d'un maître à penser sectaire. Un grand film de cinéma qui nous donne le tournis par sa virtuosité technique...

 

The Master - Joaquin PhoenixDès le premier plan The Master s'annonce comme un film de grand cinéma. L'image en 70mm nous évoque celui des années 60/70 et pas des moindres, de Ben-Hur en passant par Cléopâtre jusqu'à 2001, l'odyssée de l'espace. Cette impression d'excellence nous saisit par la minutie technique déployée par Paul Thomas Anderson, qui synthétise à lui seul le mythe de ce grand cinéma américain et de ses compositions de plans picturales, de ses contre-plongées radicales, de sa musique grandiloquente et opératique. Rien n'est laissé au hasard dans le travail de mise en scène du cinéaste, qui avait déjà prouvé qu'il n'était pas homme à se laisser aller dans son long-métrage There Will be Blood. Au commencement, cette maîtrise absolue de l'objet cinématographique nous fait tourner la tête, nous éblouit en nous rappelant directement aux souvenirs des grands cinéastes, Hitchcock, Kazan, Preminger. La performance des acteurs n'y est pas non plus étrangère, Joaquin Phoenix évoquant une sorte de croisement entre un James Dean brisé et un Brando trash, Philip Seymour Hoffman incarne lui la figure d'un imposant et charismatique maître à penser à la façon d' Orson Welles dans Citizen Kane.

 

The Master - Amy AdamsFilm de grand cinéma, The Master s'affiche clairement être en plus un film à performance. Les trois acteurs principaux dévoilent leur force de jeux, Joaquin Phoenix en homme sans repère, brisé par la guerre, Philip Seymour Hoffman tout en retenue dans ce rôle de mentor sûr de lui et Amy Adams qui prouve une nouvelle fois, après son rôle succinct, mais remarqué dans Sur la Route, toute l'étendue de son talent, en interprétant l'épouse réservée au premier abord, mais qui se révèle froide et la plus manipulatrice des deux. Ce qui dérange un peu plus, c'est cette démonstration flagrante de talent façon Actor's Studio. Joaquin Phoenix déforme son corps, à coups de cambrures sèches du dos, de crampes aux visage, de bégaiements ou autres atteintes au langage. A tel point qu'à trop vouloir donner vie à son personnage de Freddie Quell, il le noie finalement derrière sa prestation qui ne nous fait jamais oublier qu'il est en train de composer.

 

The Master - Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Rami MalekCette effet de démonstration s'impose vite, l'émerveillement devant la beauté de l'image et de la mise en scène passé, on a un peu de mal à voir finalement où veut en venir Paul Thomas Anderson, à part à un portrait précis de l'homme américain d'après-guerre. Portrait assez maîtrisé du reste, tout comme l'est la forme globale, révélatrice d'une Amérique des années 50 traumatisée par la guerre, cherchant à retrouver sa domination sur un monde en ruine, sans l'affaiblir encore plus. L'angle de la secte choisie est de plus judicieux, pour mettre en lumière les contradictions d'une nation à la fois construite sur de fortes fondations religieuses, mais qui, en quête d'identité (tout comme le personnage de Freddie), se tournera vers des industries décadentes comme celles du porno ou de l'alcool. Une fois le sujet installé le principal défaut du film d'Anderson est qu'il n'arrive jamais à le transcender, peut-être trop impressionné par la forme magistrale. Le film ne va jamais plus loin que ce qu'il dit ne laissant pas de place à la passion, aux frissons, aux grands emportements. La beauté évidente de la forme ne résiste pas au temps qui amenuise progressivement le souvenir de The Master, trop parfait peut-être pour nous emporter avec lui.

 

Par Camille Esnault


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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 15:23

ANDALOUSIE : Le Chant du Sud

Dans le cadre de "Connaissance du Monde"
Film et récit de Patrick Bureau

Jeudi 31 Janvier à 14h30 et 18h au Ciné Palace de Romorantin

Dimanche 3 Février à 14h30 au Ciné Lumière de Vierzon


Le Sud de l’Espagne porte un nom mythique : l’Andalousie.

Cette région présente l’identité la plus singulière et la plus attachante de toute l’Espagne. Aujourd’hui encore, la « belle orgueilleuse » demeure un monde en soi, que nous présente avec passion Patrick Bureau.

Royaume d’ «Al Andalus » – Séville, Cordoue, Grenade – Pèlerinage du Rocio – Hymne à la vie : le flamenco – Cultures sous serres d’El Ejido – Parc de Cabo de Gata – Ecole de toreros - Epopée de Christophe Colomb – Malaga et Picasso, l’enfant du pays – Académie royale équestre de Jerez - Caves troglodytes de Guadix…

Andalousie «  Le Chant du Sud » de Patrick Bureau est un film captivant et émouvant sur cette terre bénie des dieux.

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 08:10

Jours de pêche en Patagonie JOURS DE PECHE EN PATAGONIE
Film argentin par Carlos Sorín avec Victoria Almeida. (2012 - vostf - 1h18)
Marco, la cinquantaine, à la fin de sa cure de désintoxication, se rend en Patagonie pour s'adonner à la pêche. Ancien alcoolique, divorcé, Marco tente de repartir du bon pied dans la vie. Il entend aussi renouer avec sa fille qu'il n'a plus vue depuis des années et qui réside dans la région. Mais il a visiblement beaucoup de choses à se faire pardonner...
Paysages infinis, solitude ponctuée de rencontres, difficultés à communiquer... par le réalisateur de «Historias mínimas» et «Bombón el perro».

Jours de pêche en Patagonie

On ne sait rien ou presque de Marco, sinon qu'il a la soixantaine, flaire le jeune retraité qui veut rester dynamique, dans le coup, ne pas être exclu de la société et de sa famille qu'il a dû longtemps délaisser pour ne pas dire parasiter...

 

On ne sait rien mais tout cela on l'imagine, on l'interprète, on le suppute car aucune donnée n'est véritablement fournie par le film qui reste dans la suggestion. Carlos Sorin sous-informe son spectateur non parce que son film est dépourvu de contenu mais au contraire pour faire passer l'appréciation et la compréhension de sa richesse par d'autres voies. Marco entreprend donc un voyage en Patagonie pour des motifs mystérieux au début mais surtout prétextes à quelques rencontres toutes simples dans lesquelles on ressent la gêne, la retenue et en même temps la fragilité qui affectent un personnage plus sombre qu'à l'ordinaire.

 

Jours de pêche en PatagonieL'intrigue abrégée, digne d'une nouvelle plutôt que d'un roman, la musique légère, un peu trop à notre goût, tout cela pourrait nous tromper et nous faire croire à un simple film de bons sentiments. Les mélodies d'une mélancolie guillerette manquent parfois de faire céder le film au pittoresque de la sensiblerie régionale, une couleur locale sud-américaine qu'on a déjà dû subir cette année : mal avec les caricaturaux El Puesto, et Tourbillon, un peu mieux avec Historias. Pourtant Jours de pêche en Patagonie s'en sort avec les honneurs si l'on passe nos aprioris et ce qui pourrait paraître comme une maladresse. Parce que la forme du film est plus intelligente qu'il n'y paraît, parce que le film n'est pas dans la démonstration de son tampon « film d'auteur ». Carlos Sorin nous l'a confirmé en interview, il manipule son spectateur, se met à sa place et cherche toujours à maintenir éveillée son attention tandis que beaucoup d'autres se privent de ce travail persuadé par leurs dogmes soi-disant réalistes ou poétiques.

 

Par Léo Pinguet

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 10:35

LES HAUTS DE HURLEVENT
Drame, romance, film anglais de Andrea Arnold avec Solomon Glave, Paul Hilton, Kaya Scodelario... (2011 - vostf - 2h09)
Les relations tumultueuses de la famille Earnshaw, maudite suite à l'adoption de Heathcliff, jeune bohémien de six ans...
La réalisatrice Andrea Arnold a voulu se démarquer de ces nombreuses réécritures en optant pour le côté sombre de l’œuvre de Emilie Brontë.

 

A propos du film...

C'est du cinéma raide. Brutal. Sans chichis ni concessions. A l'aune des films précédents de la Britannique Andrea Arnold, Red Road et Fish Tank, tous deux prix du jury au Festival de Cannes.

En passant de la ville étouffante à la lande impitoyable des Hauts de Hurlevent, la réalisatrice change de cadre et d'époque mais pas de style. Du coup, elle apporte à cette énième adaptation du classique d'Emily Brontë une singulière modernité. Plus fort : elle est d'une fidélité exemplaire à l'esprit de l'oeuvre, cruelle histoire d'amour sur fond d'inégalité sociale. Soit Heathcliff, enfant abandonné et recueilli par un fermier rustre mais juste, qui grandit avec Cathy et qui ferait bien sa vie avec si celle-ci ne se laissait pas courtiser par un riche voisin.

Et puis il y a le frère de Cathy, qui considère Heathcliff comme un souffre-douleur, voire un esclave. Bref, ça sent le drame à plein nez. Mais inutile de préparer les mouchoirs. Ici, ni musique, ni atermoiement. Eventuellement un arc-en-ciel pour donner un peu d'espoir, mais très vite un plan sur une pomme pourrie et une fleur fanée pour revenir à la réalité. C'est du Terrence Malick croisé avec les frères Dardenne. C'est du grand cinéma.

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 20:12

TabouTABOU
Brésil, Portugal, France. Film de Miguel Gomes avec Laura Soveral, Teresa Madruga, Isabel Cardoso... (2011 - vostf - 1h58)
Quand une vieille femme au caractère bien trempé meurt ses voisines découvrent un épisode de sa vie : une histoire d'amour, une scène de meurtre dans une Afrique directement sortie d'un film d'aventure...
Avec ce chef d’œuvre du merveilleux, Miguel Gomes nous offre un fantastique voyage sur la mémoire, un livre d’histoires d’une richesse imprévisible.

Tabou : Odyssée onirique dans les ruines d'hier

Passé, présent, souvenirs, rêves. Pour son troisième film, le portugais Miguel Gomes interroge le temps et la mémoire dans une œuvre mélancolique aussi vertigineuse qu'évidente, entre un Lisbonne gris et un Mozambique irréel.

 

D'abord, un pur plan de cinéma. Un homme, seul, l'air hagard, au milieu d'une jungle en noir et blanc, tandis qu'un piano fait glisser des arpèges magiques. Dès la première seconde, on est ailleurs, très loin. C'est un explorateur, parti en Afrique pour oublier la mort de sa femme. Mais celle-ci lui apparait en fantôme, où qu'il aille. Ce prélude onirique et déconnecté annonce pourtant avec génie tout le propos de Tabou : la mémoire qui hante, les souvenirs qui blessent à jamais, le temps qui n'en finit pas de passer. Avec en son cœur l'histoire d'Aurora, cette vieille dame excentrique qui cache en elle un passé secret, passionné, tragique, vécu il y a si longtemps, en Afrique, aux pieds du mont Tabou.

 

Tabou - Carloto CottaRêve de cinéma et œuvre somme, Tabou semble vouloir contenir plusieurs films en lui : tantôt réaliste, tantôt poétique, tantôt prosaïque, tantôt romanesque, jouant avec des codes anciens dans un esprit résolument moderne, versant dans le comique absurde puis le mélodrame émouvant, à la fois tragédie intime et historique (subtile évocation de la colonisation portugaise et de ce qu'il en reste), le film de Miguel Gomes est une odyssée lumineuse et envoutante composée en deux parties pour deux époques : le présent d'abord, puis le passé, que le réalisateur nomme avec une cruelle ironie « Paradis ».

 

Tabou - Carloto CottaLe coup de génie de Miguel Gomes ici, c'est d'avoir séparé ces deux mondes grâce à de brillantes contraintes esthétiques. À l'image nette et froide du présent, il oppose un passé en 16 mm, granuleux et flou, filmant une Afrique mythologique et humide avec une grâce inouïe. Et face aux dialogues confus des personnages d'aujourd'hui, il offre aux souvenirs d'hier de la seconde partie un silence mystique, une tentative de film muet trompeuse mais fascinante. Ainsi, avec une voix off pour unique guide, on y entend tout : la nature, les bruits de la vie, la musique pop qui fend l'air. Mais il manque pourtant les voix, perdues à jamais dans les limbes du temps, de ces hommes et de ces femmes du passé (merveilleux Ana Moreira et Carloto Cotta) dont on ne peut attraper que les regards, les mouvements et les bouches qui s'ouvrent pour rester muettes à nos tympans. Jamais crâneur, ce procédé restitue au passé et à l'amour leurs mystères impénétrables tout en rendant un hommage vibrant à un cinéma du silence et des visages. Ce n'est pas un hasard si le titre du film, le nom de ses deux parties et même son thème sont empruntés au Tabou de F. W. Murnau.

 

TabouCes deux actes ne se croisent jamais. Confinés chacun à leurs époques, ils se suivent avec respect. Et pourtant, ils se contaminent irrémédiablement et déchirent ce récit de vie d'une mélancolie infinie. La douceur langoureuse des souvenirs rend ainsi bien terne la monotonie lasse des vieux jours, mais c'est justement en nous montrant d'abord ce morne présent que Gomes condamne le passé à des désirs que l'on sait d'avance illusoires et tragiques. Et pourtant, on sort de Tabou émerveillés par son inventivité, son foisonnement et ses surprises, par la légèreté de son rythme et la richesse de ses scènes. Et revient nous hanter longtemps après, en quelques images floues d'une beauté impossible. Comme un rêve.

 

 

Par Emilien Villeroy.

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 12:00

Royal Affair ROYAL AFFAIR
Film historique danois de Nikolaj Arcel avec Mads Mikkelsen, Trine Dyrholm, David Dencik... (2011 - vostf - 2h16)
L'histoire vraie d'un homme ordinaire qui gagne le cœur d'une reine et démarre une révolution. Centré sur le triangle amoureux constitué par Christian VII, roi cyclothymique et débauché, l'idéaliste Struensee, médecin imprégné de la pensée des Lumières et la reine Mathilde.
NiKolaj Arcel associe le romanesque au fait historique pour nous faire découvrir l'un des événements majeurs qui changera le destin du Danemark. Une occasion de découvrir une page capitale de l'histoire danoise...

Royal Affair - Lumières sur la Cour

Pour son quatrième long métrage, NiKolaj Arcel associe le romanesque au fait historique pour nous faire découvrir l'un des événements majeurs qui changera le destin du Danemark. Royal Affair, ou l'occasion de découvrir une page capitale de l'histoire danoise.

 

Royal AffairDanemark, 1766. Caroline Mathilde ( Alicia Vikander), une princesse anglaise d'à peine 15 ans, fait le voyage au Danemark pour y rencontrer son futur époux, le roi Christian VII ( Mikkel Boe Folsgaard). Capricieux et instable, pour ne pas dire complètement dérangé, le jeune monarque se contente de remplir son devoir conjugal avant de délaisser complètement la jeune reine. Devenue mère, Caroline Mathilde s'isole et songe à regret à sa douce Angleterre. De son coté, le roi devient incontrôlable et Johann Struensee ( Mads Mikkelsen), un médecin aussi talentueux que charismatique, est mandaté par les ministres pour l'encadrer. Très vite, Struensee devient le complice du roi, avant de réussir à mystifier la Cour tout entière, et ce malgré les idées humanistes et libérales qui le portent. Intriguée par cette forte personnalité, la reine tombe sous le charme de cet homme qui partage les mêmes idéaux qu'elle. Les deux amants cèdent alors à une passion fusionnelle qui leur donnera la force de peser sur l'évolution des choses. Encouragé par la reine, Struensee exerce son ascendant sur Christian afin de faire adopter des réformes inspirées des idées de Voltaire et Rousseau : abolition de la torture, suppression du servage et des châtiments corporels, liberté de la presse...Les lois s'accumulent avant que le Conseil ne mette fin à cette « révolution » en marche, entrainant de fait une issue fatale pour les deux amants...

 

Royal AffairA la manière de Marie Antoinette de Sofia Coppola, Royal Affair s'ouvre sur le destin rempli de craintes et d'espoirs d'une jeune et naïve princesse. Alors que l'épouse de Louis XVI délaisse la politique au profit d'une vie de douceurs et de plaisirs, Caroline Mathilde prend conscience que son rang lui permet d'agir et de bousculer les règles établies par la noblesse et le clergé. Ces deux femmes auront pourtant en commun de connaitre une fin tragique à leur parcours hors normes.

 

Royal AffairDans la peau de la reine, la jeune Alicia Vikander (24 ans) se révèle simplement excellente, étalant une palette de jeu tout en subtilité pour incarner un personnage fort dont la complexité s'étale sur une période de plus de 10 ans. Dans le rôle de celui qui fera chavirer son cœur et du même coup le destin de son pays, Mads Mikkelsen fait montre d'une intelligence de jeu remarquable (et remarquée puisque celui ci à remporté la Palme du meilleur acteur au dernier Festival de Cannes). Reste Alicia Vikander, un acteur de théâtre qui nous fait tantôt percevoir l'effrayante folie ou la détresse de Christian VII en un simple regard.

 

Royal AffairIncroyable histoire que celle d'un couple aussi amoureux qu'engagé qui réussira en l'espace de quelques mois à donner au Danemark des lois qui seront appliquées dans le reste de l'Europe bien des décennies plus tard ! Même si NiKolaj Arcel confie avoir développé ses propres partis pris pour atteindre l'harmonie idéale entre la grande histoire d'amour et le thriller politique, le résultat très contemporain ne semble dénaturer en aucun cas la vérité des faits historiques. On reprochera cependant le coté trop didactique du scénario, qui semble vouloir par instants nous donner un cours d'histoire pour que l'on saisisse toute l'étendue de l’événement. Cet effort s'en ressent jusque dans la mise en scène qui alourdit parfois certains passages trop dramatiques pour être filmés si froidement.

 

Par Elsa Puangsudrac

 

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 09:24

Les Bêtes du sud sauvageLES BETES DU SUD SAUVAGE

Film américain de Benh Zeitlin avec Quvenzhané Wallis. (2011 -vostf - 1h32)
Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père. Brusquement, la nature s'emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d'aurochs. Avec la montée des eaux, l'irruption de ces créatures préhistoriques et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue...

 

Les bêtes du sud sauvage ou comment un petit film est devenu un énorme succès

Triomphe à Sundance, Caméra d'or à Cannes, grand prix à Deauville, ce premier long métrage de Benh Zeitlin est porté par un buzz enthousiaste qui devrait le mener jusqu'aux Oscars. Voici pourquoi... 

Les bêtes du sud sauvage ou comment un petit film est devenu un énorme succès

LES BÊTES DU SUD SAUVAGE - Ce premier long métrage de Benh Zeitlin est porté par un buzz enthousiaste.

 

UNE AVENTURE COLLECTIVE

À 29 ans, Benh Zeitlin a signé un premier film qui n'a pas fini de faire parler de lui: Les bêtes du sud sauvage.L'histoire d'Hushpuppy, une petite fille élevée par un père malade et sur le point de disparaître comme le bayou où ils vivent, ravagé par les ouragans et autres marées noires. Un premier film comme l'aboutissement collectif d'un rêve de gamin. "J'ai toujours eu envie de raconter des histoires. À 3 ans, je faisais des spectacles de marionnettes pour ma soeur." Et puis, un jour, il découvre Underground, de Kusturica. "Ce fut un déclic. Et la certitude de vouloir devenir réalisateur pour continuer à inventer ma propre réalité." Mais pas en solitaire. Car, depuis 2004, il fait partie d'une communauté, Court 13, mêlant musiciens, monteurs, conteurs... Au milieu de cette joyeuse bande, il signe deux courts d'animation puis, un troisième, en 2008: Glory at Sea, déjà situé en Louisiane autour des séquelles de Katrina. Ce film donnera envie à ce New-yorkais de rester sur place, où il développe donc son premier long-métrage, avec Court 13. 

UN FILM HOMMAGE À UNE TERRE OUTRAGÉE

Les bêtes du sud sauvage est l'adaptation de Juicy and Delicious, une pièce d'une de ses amies, Lucy Alibar, autour des relations entre une petite fille et son père sur fond de fin du monde... dans l'État de Géorgie. "C'est au volant de ma voiture en Louisiane que j'ai trouvé le lieu idéal pour cette histoire : le dernier village au bout de la route." Plus que le simple cadre de ce récit, la Louisiane devient un personnage essentiel. Ils s'installent pour écrire au sud de la Nouvelle-Orléans dans un monde à part et y créent un village avec les vestiges de ce qui a pu survivre aux catastrophes naturelles. Car ce film sera un hommage à cette terre outragée et condamnée à mort mais aussi à ses habitants qui ne cessent de faire reculer l'échéance. Symbole terrible: le premier jour de tournage, le 20 avril 2010, coïncide avec l'explosion, non loin, de la plate-forme BP qui déclenche une marée noire ravageuse. Et le tournage sera une lutte permanente contre les éléments. 

 

Quvenzhané Wallis, révélation des Bêtes du sud sauvage.

Quvenzhané Wallis, révélation des Bêtes du sud sauvage.

DR

 

UNE OEUVRE SPECTACULAIRE

Tourné pour 1,8 million de dollars, Les bêtes du sud sauvage n'en est pas moins spectaculaire. "Il mêle réalisme et conte. J'aime autant Amarcord que Point Break et je ne voulais pas enfermer mon film dans un genre particulier." Une scène traduit cette ambition: une charge d'aurochs. Un moment hallucinant dans un film indépendant. "Cet aspect spectaculaire était essentiel à mes yeux mais à condition qu'il ne paraisse pas fabriqué. Et mon directeur artistique a fait des miracles: il avait interdiction d'utiliser le moindre effet spécial." Et il a réussi son pari en rassemblant des animaux sauvages qu'il a fallu dresser puis "déguiser" en aurochs. Avant de les faire courir sur fond de maquette reproduisant la période glacière ou sur un tapis roulant... contrôlé par un machiniste juché sur un vélo d'appartement! 

LA NAISSANCE D'UNE COMÉDIENNE

Le naturel qui émane des Bêtes du sud sauvage doit énormément à ses comédiens, tous non professionnels et de la région. Le père d'Hushpuppy tenait une boulangerie à la Nouvelle-Orléans. Mais trouver Huspuppy a été un véritable parcours du combattant. "Pendant un an, on a vu, sans succès, quatre mille enfants à travers les États-Unis." La perle rare se trouvait pourtant sous leurs yeux: Quvenzhané Wallis, 5 ans, qui vivait sur une péniche à deux pas. "Il émanait d'elle un mélange rare d'intensité et de sagesse. C'est une actrice née. Pour la diriger, il me suffisait de lui parler du sens de la scène et de l'émotion du personnage à cet instant." Et elle crève l'écran. "Le premier jour de tournage, j'étais assez stressé mais, au fur et à mesure, en apprenant à connaître les gens, j'ai pris confiance. Je n'avais pas rêvé d'être actrice mais désormais, j'espère faire d'autres films", explique cette petite fille au caractère bien trempé. Une nomination aux Oscars lui tend les bras... 

UN BOUCHE-À-OREILLE DE FEU

Depuis Sundance 2012, Les bêtes du Sud sauvage s'impose comme le grand outsider des Oscars. Sundance où le film ambitionnait d'être présenté... en 2011. Avant que, devant la montagne de rushs, soit décidé, fin 2010, de prolonger la post-production... d'un an! Le temps notamment pour Zeitlin de co-composer la musique du film. Bien leur en a pris: le film y décroche le grand prix. Et le buzz lancé n'ira qu'en s'amplifiant, entre la Caméra d'or à Cannes et le grand prix de Deauville. Et après qu'une musique de Glory at Sea a illustré l'un de ses clips de campagne 2008, Barack Obama himself est devenu l'un des grands fans des Bêtes du sud sauvage.Avec un tel appui, une pluie de statuettes est loin d'être inenvisageable.

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