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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 05:51

Une séparation

 

UNE SEPARATION

 


Film iranien de Asghar Farhadi avec Leila Hatami, Peyman Moadi, Shahab Hosseini (2010 - vostf - 1h57)

 
Lorsque sa femme le quitte, Nader engage une aide-soignante pour s'occuper de son père malade. Il ignore alors que la jeune femme est enceinte et a accepté ce travail sans l'accord de son mari, un homme psychologiquement instable...

  

Critique : Une Séparation : mensonge ou vérité ?

 

Une Séparation est le nouveau film du réalisateur iranien Asghar Farhadi. Déjà multiprimé, avec les récompenses de l'Ours d'Or du meilleur film et l'Ours d'argent de la meilleur actrice et du meilleur acteur attribué à l'ensemble des interprètes lors du Festival de Berlin, ce film sort en France sous de bons augures. Un film intelligent sur les répercussions causées par la vérité cachée.

 

 

Une séparation Une Séparation débute ainsi, par la séparation de Nader et Simin. Ils n'ont pas vraiment l'air de ne plus s'aimer, mais ils aspirent à des choses différentes. Simin veut partir à l'étranger, et si possible y emmener sa fille Termeh pour qu'elle y étudie et y ait un avenir. Nader quant à lui ne comprend pas cette décision et veut rester en Iran s'occuper de son père, malade de l'Alzheimer. Si cette séparation titre le film et le débute, elle est pourtant en second plan ensuite. Pourtant toujours sous-jascente, elle revient ensuite en pleine face à la fin, Termeh devant choisir avec lequel de ses parents elle veut rester.

 

Une séparation

Ce qui passe au premier plan, c'est alors une situation contraignante sur fond de règlements de compte et de procédures judiciaires. Au départ de Simin, Nader a engagé Razieh en tant que garde-malade pour prendre soin de son père en journée quand il travaille. Elle est enceinte mais ne lui dit pas, tout comme elle n'ose pas lui avouer que son mari n'est pas au courant pour ce travail. Un jour, quand Nader revient chez lui, Razieh n'est plus là et il retrouve son père dans une mauvaise posture. S'ensuit une dispute, qui n'est pas sans conséquence pour cette jeune femme ensuite. Cela mène à la déconstruction et la reconstruction de ce moment phare, sur lequel l'attention de tous est portée.

 

Une séparationAlors le film s'engage sur la ligne ténue entre le mensonge et la vérité, entre le bien et le mal. Il questionne la moralité de chacun. Les protagonistes sont prêts à tout pour faire valoir leur version des faits, d'autant plus que la justice est convoquée. Mais c'est surtout vis-à-vis du regard des autres qu'il semble important d'avoir raison. Tout le monde se construit en fonction du regard qu'on porte sur lui, dans sa famille et dans son milieu. Pour Nader c'est encore plus vrai à ce moment-là car il ne veut surtout pas perdre la face devant sa fille, ni devant Simin d'ailleurs.

 

Malgré quelques longueurs, Une Séparation est un bon drame social et familial. Il parvient à travers son intrigue à marquer les différences entre les deux familles, en décrivant de manière habile la psychologie des personnages dans cette société iranienne, le tout en se questionnant autour des degrés de mensonge et de vérité pour chacun. Que vaut-il mieux dévoiler ou cacher, et face à qui ?

 

Par Mathilde Doiezie pour "Toutlecine.com"

 

 

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 05:45

La Ballade de l'impossible

 

LA BALLADE DE L'IMPOSSIBLE

 

Film japonais de an Anh Hung avec Rinko Kikuchi, Kenichi Matsuyama, Kiko Mizuhara... présenté à la Mostra de Venise (2010 - vostf - 2h13)
Tokyo, fin des années 1960. Alors qu'un peu partout les étudiants se révoltent contre les institutions, la vie de Watanabe est elle aussi bouleversée. Son meilleur ami, Kizuki, s'est suicidé. Il avait une amie, Naoko. Ils étaient amoureux. Un an plus tard, Watanabe retrouve Naoko, fragile et repliée sur elle-même. Il s'en éprend sans réussir à lui faire reprendre goût à la vie. Quand il rencontre Midori, belle, drôle et vive, Watanabe doit alors choisir entre la fidélité au passé et l'avenir.

 

Critique

Entouré d'une équipe de virtuoses, an Anh Hung compose une oeuvre d'une beauté formelle renversante qui restitue avec la même précision une époque et les tumultes amoureux et sexuel qui agite les personnages. Le film n'évite pas toujours les défauts de l'adaptation littéraire mais le charme mélancolique et la fragilité douloureuse des acteurs justifient à eux seuls la ballade...

 

La Ballade de l'impossibleL'envie de réaliser une adaptation de La Ballade de l'impossible est née chez Tran Anh Hung dès la première lecture du roman en 1994. L'auteur, Haruki Murakami, est plutôt réfractaire aux adaptations cinématographiques de ses romans, ce qui n'a pas découragé le réalisateur. L'auteur a fini par donner son feu vert il y a 5 ans, mais seulement après avoir lu le scénario. Le film, comme le livre, se déroule au Japon à la fin des années 60. A Kobe, Watanabe est le meilleur ami de Kizuki qui sort avec son amie d'enfance Naoko. Lorsque Kizuki se suicide, Watanabe décide de poursuivre ses études à Tokyo. Il y retrouve par hasard Naoko, encore fragile et solitaire. Avant qu'une histoire puisse naître entre eux, elle s'enfuit et se réfugie dans une maison de repos. Quand elle reprend contact avec Watanabe, celui-ci est partagé entre elle et Midori, une fille drôle et pleine de vie qu'il vient de rencontrer.

 

La Ballade de l'impossibleTran Han Hung restitue l'univers désenchanté qui a fait le succès d'Haruki Murakami, mis en valeur par le décalage entre les violents mouvements étudiants et l'errance de Watanabe. En plus d'une photographie très soignée (par Mark Lee Ping-bin, à qui l'on doit aussi celle de In the Mood for Love), une bande-originale envoutante de Jonny Greenwood ( There will be blood), la beauté plastique du film est accentuée par celle des acteurs, dont beaucoup ont débuté dans le mannequinat et possèdent cette aura propre aux mannequins.

 

 

La Ballade de l'impossibleRestituer la douceur lente caractéristique d'Haruki Murakami était délicat et pourtant le défi est relevé. La poésie du texte est traduite en image avec beaucoup de délicatesse, sans trop tomber dans des longueurs, malgré les 2h15 de film. Seul reproche possible, à trop vouloir être fidèle à l'esprit du texte, on pourrait se demander pourquoi faire un film quand le livre existe déjà. Pourtant le film a un charme qui lui est propre, difficile à expliquer mais bien réel et saura sûrement séduire aussi bien les inconditionnels de l'écrivain japonais que ceux qui n'ont pas la chance de l'avoir lu.

 

Par Flavia Guéhéneuc pour "Toulecine.com"

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 05:28

The Tree of Life

 

THE TREE OF LIFE
Film américain de Terrence Malick avec Sean Penn, Brad Pitt, Fiona Shaw...

Palme d'or - Festival de Cannes 2011. (2008 - vostf - 2h18)
 

Ode à la vie
Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...

 

 

Avant même que le noir de fin ne se fasse, la presse huait et applaudissait dans le même temps le dernier Terrence Malick, The Tree of Life, projeté au Festival de Cannes et que l'on attendait depuis une éternité. L'ours asocial de la réalisation américaine est tellement minitieux et si peu productif que chacune de ses œuvres est attendue comme le St Graal. Même si parfois, à trop espérer, la déception peut être grande, le film a obtenu la Palme d'Or du Festival de Cannes...

 

 

The Tree of Life - Brad PittAprès sa revisite poétique de la légende de Pocahontas, Malick s'est attelé à l'Amérique travailleuse et religieuse des années 50 en pénétrant le foyer du couple formé par Brad Pitt et la diaphane Jessica Chastain. La perte d'un enfant les fait s'interroger sur le tout-puissant.

 

Tel est le prétexte choisi par Malick pour nous livrer un film sur l'origine de la vie et ses mystères qu'il dépeint au travers d'une succession de plans tantôt cosmiques, jurassiques, scientifiques et végétaux. On se demande où le réal nous mène, on veut lui faire confiance, on observe ici ces anneaux de Saturne, là ce dinosaure, ici encore cette rivière baignée de lumière… Mais rien. Certains critiques ont comparé ce diaporama de plus de 2h à un écran de veille d'ordinateur, et il nous faut reconnaître qu'on peine à donner plus de sens à ces images, vides d'émotion et de signification, seulement animées par une voix récitant quelques réflexions philosophiques sans grande portée.

 

The Tree of Life - Jessica ChastainSi les créations de Malick sont toujours d'une poésie et d'une sensibilité incroyable, sa force devient aujourd'hui caricature. Une teneur quasi divine est perceptible lorsque la caméra se concentre sur le visage angélique de Jessica Chastain mais à trop vouloir en faire, Malick a vidé son film de l'essence même de son sujet. C'est donc en vain que nous nous sommes accrochés jusqu'à la fin, la vue gorgée de visions pures et éthérées et l'esprit chagriné qu'on ne lui ait rien donné à manger.

 

Par Laetitia Santos de "Toulecine.com"



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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 05:04

La Solitude des nombres premiers

LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS


Film italien de Saverio Costanzo avec Filippo Timi, Isabella Rossellini, Luca Marinelli, Alba Rohrwacher... (2010 - vostf - 1h58)
On dit d'un nombre qu'il est premier lorsqu'il n'est divisible que par 1 ou par lui-même. Alice et Mattia, solitaires et inadaptés, tels des nombres premiers, sont tous deux hantés par des évènements tragiques survenus durant leur enfance. Ils se rencontrent au collège, se reconnaissent et construisent alors ensemble un équilibre fragile avant de prendre des chemins différents.
Des années plus tard, Alice et Mattia portent encore les cicatrices de ce passé qui les a maintenus en marge de la vie. Alice s'est réfugiée dans l'exercice de la photographie; Mattia a fait de sa passion des mathématiques son métier. Mais leurs destinées semblent cependant irrévocablement liées...

 

Critique

 

Pour encore mieux apprécier La solitude des nombres premiers, il faudrait avoir lu le livre de Paolo Giordano, best-seller en Italie et à l'étranger, un de ces rares livres dont le succès est d'abord dû à leurs qualités littéraires. Mais le film n'est pas une banale adaptation du livre, il se rapproche plus de la démarche de Louis Malle pour Zazie dans le métro : reconstruire le roman pour exprimer visuellement son esprit.

 

La solitude des nombres premiers - Arianna NastroMattia et Alice sont deux enfants à la fois solitaires et rejetés par les autres, suite à des blessures secrètes ; deux adolescents incapables de sociabiliser à l'âge où c'est le groupe qui compte ; deux adultes ayant accepté ce qu'ils sont mais trop jeunes pour rapprocher leurs deux solitudes. L'origine du drame de ces deux êtres semble pourtant banale : l'un est jaloux de sa sœur cadette, comme le sont les aînés soudain envahis par un petit frère ou une petite sœur ; l'autre a un accident un jour où elle ne voulait pas skier.

 

Mais la sœur de Mattia est handicapée, et Mattia ne comprend pas pourquoi on s'occupe toujours d'elle. Il la laissera une heure sur un banc pour aller à l'anniversaire d'un ami, ne la retrouvera pas, et restera longtemps hanté par ce geste qu'il avait fait un peu pour se venger, un peu en pensant qu'il ne pouvait rien arriver à sa sœur constamment protégée. Alice est fille unique, donc chargée malgré elle d'être la fierté de ses parents, même si elle n'a aucune envie de faire ce qu'ils attendent d'elle. Détestant le ski, elle devra suivre son père qui la perdra en plein brouillard, d'où son accident qui la rendra boiteuse et le traumatisme personnel qui y sera lié. Pour chacun des deux enfants, les causes et les conséquences d'un geste apparemment banal ont transformé profondément leur vie et leurs rapports aux autres. Plus tard, Mattia partira vivre en Allemagne, là où il y a du travail, qu'importe s'il mange seul à la cantine de l'entreprise. Alice deviendra photographe et anorexique, persuadée qu'elle va bien alors que, comme tout être humain, elle a désormais besoin de quelqu'un.

 

La solitude des nombres premiers - Aurora RuffinoAidé au scénario par Paolo Giordano, Saverio Costanzo montre merveilleusement ce qui se passe dans l'esprit des personnages à travers des flash-backs entre les différentes étapes de la vie des personnages, des décors dont certains vont jusqu'à donner le tournis au spectateur lui-même, des passages de la réalité aux rêves (rêves de ce qui s'est passé, ou compréhension des blessures de l'autre par télépathie ?), et de la musique (allant en crescendo dans le rythme et dans la nervosité). On peut regretter en voyant le film que les acteurs, Alba Rohrwacher en tête, manquent d'expression, d'extériorisation suffisante d'une sensibilité, de présence (on ne peut s'empêcher de penser à son incroyable prestation dans Ce que je veux de plus) ; en y repensant, Alba Rohrwacher et Luca Martinelli sont l'incarnation même de cette sensibilité, au point de la faire disparaître. C'est en repensant au film, en laissant le temps passer, qu'on se rend compte que le réalisateur est allé beaucoup plus loin qu'on ne le pensait : ces deux êtres, on les croise parfois dans les cours de récréation sans jamais les comprendre, et les souffrances que leur infligent les autres, qui rappelleront à certains leur propre enfance, c'est la cruauté humaine face à la différence.

 

La solitude des nombres premiers, c'est d'abord un film existentiel, qui permet de se comprendre soi-même comme seuls savent le faire certaines œuvres.

 

Par Julie Sejournet de "Tout le Ciné"

 

 

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 09:42

Le Gamin au vélo

LE GAMIN AU VELO : Jeudi 30 Mai à 21h 

 Film belge de Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne avec Cécile De France, Jérémie Renier, Fabrizio Rongione... Grand Prix du Festival de Cannes 2011. (1h27)
Cyril, bientôt 12 ans, n'a qu'une idée en tête : retrouver son père qui l'a placé provisoirement dans un foyer pour enfants.
Il rencontre par hasard Samantha, qui tient un salon de coiffure et qui accepte de l'accueillir chez elle pendant les week-ends.
Mais Cyril ne voit pas encore l'amour que Samantha lui porte, cet amour dont il a pourtant besoin pour apaiser sa colère...
Sans temps morts, sans psychologie, sans pathos, osant, pour la première fois chez les Dardenne, quelques lumineuses envolées musicales, "Le Gamin au vélo" suscite une pure émotion. Cécile de France y est dure et douce à la fois, dotée d'une force et d'une évidence qu'on lui a rarement vues. Face à elle, le jeune Thomas Doret est prodigieux d'intériorité. Du grand art !

 


 

La Solitude des nombres premiersLA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS : Lundi 6 Juin à 21h
Film italien de Saverio Costanzo avec Filippo Timi, Isabella Rossellini, Luca Marinelli, Alba Rohrwacher... (1h58)
Alice et Mattia, solitaires et inadaptés, tels des nombres premiers, sont tous deux hantés par des évènements tragiques survenus durant leur enfance. Ils se rencontrent au collège, se reconnaissent et construisent alors ensemble un équilibre fragile avant de prendre des chemins différents.
Des années plus tard, Alice et Mattia portent encore les cicatrices de ce passé qui les a maintenus en marge de la vie. Mais leurs destinées semblent cependant irrévocablement liées...
Si ‘La Solitude des nombres premiers’ est un mélodrame qui peut se résumer en une ligne, la mise en scène emporte le récit vers d’autres sphères en jouant à outrance des codes d’un genre à l’opposé de la romance. Le ressort du thriller et les effets horrifiques permettent à ce jeune cinéaste d’immerger le drame sentimental dans des abîmes de noirceur, quitte à être parfois étouffant. Tant mieux, les passions tièdes provoquent l’ennui, dans la vie comme au cinéma.

 


 

The Tree of LifeTHE TREE OF LIFE : Lundi 13 Juin à 21h
Film américain de Terrence Malick avec Sean Penn, Brad Pitt, Fiona Shaw... Palme d'or - Festival de Cannes 2011. (2008 - vostf - 2h18)
Ode à la vie : Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...
Ovni, chef d’œuvre, film expérimental, impressionniste ou pédant… Voici quelques mots pouvant décrire le dernier long-métrage de Terrence Malick, Tree of Life. Si le cinéaste prouve qu’il excelle sur le plan de la photographie et du mystique, il aura malheureusement tendance à perdre en cours de route une bonne partie de son public à force d’allégories, de métaphores ou de réflexions religieuses. Certes Tree of Life est parfois bouleversant, fascinant et aura tendance à vous obséder longtemps après son visionnage, pourtant on ne pourra pas s’empêcher de reprocher à Malick de trop en faire. N’allez pas voir ce film pour Brad Pitt ou Sean Penn, mais pour vivre une expérience qui ne vous laissera pas de marbre.

 


 

La Ballade de l'impossibleLA BALLADE DE L'IMPOSSIBLE : Lundi 20 Juin à 21h
Film japonais de an Anh Hung avec Rinko Kikuchi, Kenichi Matsuyama, Kiko Mizuhara... présenté à la Mostra de Venise (2010 - vostf - 2h13)
Tokyo, fin des années 1960. Alors qu'un peu partout les étudiants se révoltent contre les institutions, la vie de Watanabe est elle aussi bouleversée. Son meilleur ami, Kizuki, s'est suicidé. Il avait une amie, Naoko. Ils étaient amoureux. Un an plus tard, Watanabe retrouve Naoko, fragile et repliée sur elle-même. Il s'en éprend sans réussir à lui faire reprendre goût à la vie. Quand il rencontre Midori, belle, drôle et vive, Watanabe doit alors choisir entre la fidélité au passé et l'avenir.
Entouré d'une équipe de virtuoses, an Anh Hung compose une oeuvre d'une beauté formelle renversante qui restitue avec la même précision une époque et les tumultes amoureux et sexuel qui agite les personnages. Le film n'évite pas toujours les défauts de l'adaptation littéraire mais le charme mélancolique et la fragilité douloureuse des acteurs justifient à eux seuls la ballade...

 


 

Une séparation UNE SEPARATION : Lundi 27 Juin à 21h
Film iranien de Asghar Farhadi avec Leila Hatami, Peyman Moadi, Shahab Hosseini (2010 - vostf - 1h57)
Lorsque sa femme le quitte, Nader engage une aide-soignante pour s'occuper de son père malade. Il ignore alors que la jeune femme est enceinte et a accepté ce travail sans l'accord de son mari, un homme psychologiquement instable...
Une Séparation est le nouveau film du réalisateur iranien Asghar Farhadi. Déjà multiprimé, avec les récompenses de l'Ours d'Or du meilleur film et l'Ours d'argent de la meilleur actrice et du meilleur acteur attribué à l'ensemble des interprètes lors du Festival de Berlin, ce film sort en France sous de bons augures. Un film intelligent sur les répercussions causées par la vérité cachée.

 


 

Ni à vendre, ni à louerNI A VENDRE, NI A LOUER : à partir du 29 Juin
Comédie française de Pascal Rabaté avec Jacques Gamblin, Maria De Medeiros, François Damiens, François Morel, Dominique Pinon... (2011 - 1h20)
Un week-end de printemps sur le littoral atlantique. Deux retraités se rendent dans leur résidence secondaire, une maisonnette aussi vaste qu’un timbre poste, et croisent un couple de punks ayant pour gîte une maison dessinée sur la plage. A l'hôtel, la vie de deux couples est chamboulée par un cerf-volant perdu. C’est un week-end où les destins, les classes sociales, les générations, les sentiments, les douleurs comme les joies, se croisent. Un week-end à la mer, en somme.
Pour son film Ni à vendre ni à louer, Pascal Rabaté réalisteur des "Petits ruisseaux" s'inspire des fameuses Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati, cinéaste dont Rabaté souhaite réinventer l'univers burlesque.

 


 

Le chat du RabbinLE CHAT DU RABBIN : Lundi 4 Juillet à 21h
Film d'animation français de Joann Sfar, Antoine Delesvaux avec François Morel, Maurice Bénichou, Hafsia Herzi... (2011 - 1h30)
Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler pour ne dire que des mensonges. Le rabbin veut l'éloigner. Mais le chat, fou amoureux de sa petite maîtresse, est prêt à tout pour rester auprès d'elle... même à faire sa bar mitsva ! Le rabbin devra enseigner à son chat les rudiments de loi mosaïque ! Bientôt un peintre russe débarque dans la communauté, et entraîne dans sa suite une petite troupe pour partir à la recherche de Juifs d'Afrique.
Césarisé pour son «conte» sur la vie de Serge Gainsbourg, Joann Sfar revient avec une adaptation de la bande dessinée qui a fait sa gloire : Le Chat du Rabbin. On y retrouve un univers enchanté et proche du conte philosophique.
Les fans des livres apprécieront de voir vibrer les personnages qu'ils affectionnent, les néophytes découvriront une histoire intelligente et attachante servie par un ton humoristique et léger...

 


 

Animal kingdomANIMAL KINGDOM : Lundi 11 Juillet à 21h
Thriller australien de David Michôd avec Guy Pearce, Joel Edgerton, Luke Ford... Prix de la Critique Internationale : Festival international du Film Policier de Beaune (2010 - vostf - 1h52)
Une rue anonyme dans la banlieue de Melbourne.
C'est là que vit la famille Cody. Profession : criminels.
L'irruption parmi eux de Joshua, un neveu éloigné, offre a la police le moyen de les infiltrer.
Il ne reste plus à Joshua qu'à choisir son camp...
Le film a une dimension de tragédie grecque, tempérée par un suspense qui empêche de deviner la fin. (...) En se concentrant sur le quotidien domestique d'une famille de gangsters en dehors des heures de travail, Michod atteint la même puissance réaliste que Scorsese dans "Mean Streets", toute proportion gardée.

 


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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 07:12

Le Gamin au vélo

 

LE GAMIN AU VELO


Film belge de Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne avec Cécile De France, Jérémie Renier, Fabrizio Rongione... (1h27)

Cyril, bientôt 12 ans, n'a qu'une idée en tête : retrouver son père qui l'a placé provisoirement dans un foyer pour enfants.
Il rencontre par hasard Samantha, qui tient un salon de coiffure et qui accepte de l'accueillir chez elle pendant les week-ends.
Mais Cyril ne voit pas encore l'amour que Samantha lui porte, cet amour dont il a pourtant besoin pour apaiser sa colère...

 

La critique [evene]
La note evene : 5/5La note evene : 5/5
  par Olivier De Bruyn

Un personnage court, bute contre des obstacles, se relève. Il court, bute, se relève à nouveau, et ainsi de suite. Depuis ‘La promesse’, révélé en 1996 à la Quinzaine des réalisateurs, les Dardenne ne se lassent pas de cette image. Leur cinéma, pourtant, prohibe le bégaiement. La preuve avec ‘Le gamin au vélo’, un nouveau sommet après pas mal d’autres : ‘Rosetta’, ‘L’enfant’, ‘Le silence de Lorna’…
Cette fois, les frères filment à hauteur d’enfant. Lui, c’est Cyril, 13 ans, un « sauvageon » belge qui, dès la première séquence, magistrale, cherche à échapper à un destin ennemi qui semble tout tracé. Fuyant ses éducateurs, le gosse retourne dans sa cité, histoire de retrouver son père et, accessoirement, son vélo. La quête du premier est plus ardue que celle (pas simple non plus) du second. Le géniteur de Cyril (Jérémie Renier) ne veut plus entendre parler de son fils, trop occupé qu’il est à se refaire un semblant de vie ailleurs. Obstiné, obsessionnel, Cyril refuse de se rendre à l’évidence de l’abandon et continue de cavaler après une illusoire reconnaissance. Sur sa route, il croise Samantha, une coiffeuse solitaire et un rien énigmatique (Cécile De France) qui devient à elle seule sa famille d’accueil.
Les Dardenne envisageaient à un moment d’intituler leur nouveau film abrasif et secouant ‘Conte de notre temps’. Ils ont changé d’avis et on les en remercie. Si ‘Le gamin au vélo’ emprunte en effet quelques-unes de ses figures narratives au conte (parcours initiatique, pièges et embûches à déjouer…), il n’a rien de didactique ni d’édifiant. Au plus près de leurs beaux personnages, sans un gramme superflu de psychologisme, les frères filment les efforts vitaux et bouleversants de Cyril et Samantha pour échapper à la mouise : celle, sociale, de l’époque et celle de leur prison intérieure. Pour raconter cette histoire simple, une seule arme : le cinéma, qui incarne l’idée dans le rythme et l’espace du plan, qui lie son destin formel aux mouvements des acteurs. On sort de là essorés, remués en profondeur. Et heureux d’avoir vu un film dont l’apaisement secret (une rareté dans le cinéma des Dardenne) ne contredit nullement la rage inconsolable.





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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 07:11

 

Affiche du film Ha Ha Ha

 

HA HA HA
Corée du Sud, film de Hong Sang-Soo Hong avec Sang-Kyung Kim (2010 - vostf - 1h56)

 


Le réalisateur JO Munkyung envisage de quitter la Corée pour partir au Canada. Avant de son départ, il donne rendez-vous à son ami proche, BANG Jungshik, qui est critique de cinéma. Au pied d’une montagne en banlieue de Séoul, ils boivent du Makgeolli, une boisson traditionnelle alcoolisée à base de riz. Au bout de quelques verres, ils découvrent que tous les deux, par coïncidence, ont récemment voyagé à Tongyeong, une petite ville maritime au sud du pays.

Ils décident donc de déballer leurs histoires autour d’un verre, à condition de ne s’en tenir qu’aux bons souvenirs. L’histoire de Munkyung : Il est allé à Tongyeong pour rendre visite à sa mère avant de son départ. Pendant son séjour, il a rencontré une femme guide qui s’appelle Seongok. Il s’est tout de suite épris de celle-ci, mais elle avait déjà un copain qui est à la fois poète et ex-marine. Avec quelques tricheries, Munkyung a enfin réussi à gagner son coeur.

L’histoire de Jungshik : Il est allé à Tongyeong pour un voyage secret avec sa maîtresse qui est hôtesse d’air. Dans cette ville, il a aussi passé de bons moments avec son copain poète et la copine de celui-ci. Ces derniers sont en fait le même couple que Munkyung a rencontré.

Jungshik a également rencontré plusieurs personnes intéressantes par l’intermédiaire du jeune poète. En ignorant qu’ils étaient aux mêmes endroits, aux mêmes moments, avec les mêmes gens, les deux hommes se plongent dans l’évocation de leur été, qui se déploie comme un catalogue des souvenirs

 

Hong Sang-soo a le vent en poupe. Fêté au dernier Festival du Film Asiatique de Deauville et consacré à la Cinémathèque Française, son dernier film Hahaha qui arrive en salles avait reçu le prestigieux Prix Un Certain Regard à Cannes. Une récompense amplement méritée pour un film majeur dans la filmographie du cinéaste.

Hong Sang-soo(rit)

Qui a vu La Vie au ranch se souvient des clichés que peut véhiculer le cinéma de Hong Sang-soo. Adulé en France, souvent renié dans son pays d'origine, le cinéaste coréen à la réputation sulfureuse revendique ses influences du côté d' Eric Rohmer et de la Nouvelle Vague. Au fil des ans, se dessine une filmographie contrastée faite de ratures et de films majeurs. Si dernièrement, Hong Sang-soo nous avait quelque peu égarés avec les brouillons Woman on the beach et Night and Day, on retrouve dans Hahaha la synthèse des thématiques phares de l'auteur avec un discernement nouveau et un plaisir regagné.

 

Le réalisateur Jo Munkyung envisage de quitter la Corée pour partir au Canada. Avant son départ, il revoit autour d'un verre son grand ami, Bang Jungshik, critique de films. Lors de ce rendez-vous arrosé, les deux amis découvrent par hasard qu'ils se sont rendus récemment dans la même petite ville en bord de mer, Tongyeong. Ils décident de raconter leur voyage réciproque à condition de n'en révéler que les moments agréables.

 

Se souvenir de belles choses

HahahaPour son nouveau film, Hong Sang-soo a choisi de situer son récit à Tongyeong, une petite ville portuaire dont l'apparence sinistre aurait rebuté nombre de réalisateurs. Mais de la même façon que le cinéaste avait su capter l'essence de la province de Kangwon dans sa célèbre trilogie, se dégage de ce petit port un parfum de douce mélancolie. Visiblement assagi, le cinéaste divague autour de ses sujets de prédilection : l'amour, la poésie et l'attente. «Méfie-toi des choses sombres et tristes», fait-il dire à un de ses personnages. Car ici, la parole est libérée (le soju aidant) et le mot occupe une place central. En cela, Hong Sang-soo ne peut renier son appartenance au cinéma d'Eric Rohmer. Dans la droite lignée d'un Conte d'été, il saisit les questionnements existentiels de la jeunesse avec légèreté et non sans lucidité.

 

Dans ce chassé-croisé amoureux où les récits se superposent dans une temporalité suspendue, apparaît l'essence du cinéma de Hong Sang-soo. Un cinéaste à part.

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 07:52

Affiche du film Pina 3D

 

PINA
Documentaire allemand de Wim Wenders. (2099 - vostf - 1h43)

 


Pina est un film pour Pina Bausch de Wim Wenders. C'est un film dansé, porté par l'Ensemble du Tanztheater Wuppertal et l'art singulier de sa chorégraphe disparue à l'été 2009. Ses images nous convient à un voyage au coeur d'une nouvelle dimension, d'abord sur la scène de ce légendaire Ensemble, puis hors du théâtre, avec les danseurs, dans la ville de Wuppertal et ses environs - cet endroit dont Pina Bausch a fait son port d'attache durant 35 ans et où elle a puisé sa force créatrice.

  

Avec Pina, Wim Wenders réinvente l'image en réfléchissant sur la dimension de frontière entre l'espace scénique et le spectateur. Confrontant son langage cinématographique à la force émotionnelle du regard de Pina Bausch, Pina apparaît comme une expérience sensorielle intense et unique. A vivre pleinement.

 

Corps à cœur

Pina«Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus», disait Pina Bausch. C'est cette quête de l'absolu que Wim Wenders est parvenu à sonder dans ce documentaire en trois dimensions. Réalisé pour Pina Bausch dont l'âme transparaît dans chacun de ces plans, Wim Wenders et l'Ensemble du Tnaztheater Wuppertal lui offrent le plus beau des hommages. La parole des uns venant contrebalancer le langage corporel des autres, comme une symphonie aux accents mélancoliques, les notes sont légères, presque douces, épousant les contours des corps et flirtant avec la matière de manière magnétique. Le spectateur, bousculé dans ses émotions les plus profondes, assiste à un spectacle sensoriel et est entraîné presque malgré lui dans ce corps à corps avec l'autre.

 

Les rêves dansants

PinaAmis pendant plus de vingt ans, c'est ensemble que Wim Wenders et Pina Bausch avaient pensé ce film. Disparue prématurément le 30 juin 2009, sans avoir vu la moindre image du projet, le cinéaste a souhaité donner vie ce film dansé. «A voir quel trésor habite nos corps, et nous permet de communiquer sans les mots, combien d'histoires peuvent se raconter sans qu'une seule phrase soit dite», confie-t-il. Privilégiant le langage corporel aux mots, Pina raconte l'histoire d'une vie, ou plutôt d'un regard, ce regard si perçant, ce « mélange de fragilité et de force incroyable ». « Mes yeux voient des rêves », disait-elle. Et ce sont ces rêves dansants que Wim Wenders a réussis à imprimer sur grand écran. Pour toujours.

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 07:44

Affiche du film Si tu meurs, je te tue

 

SI TU MEURS, JE TE TUE
Film français de Hiner Saleem avec Jonathan Zaccaï, Golshifteh Farahani, Mylène Demongeot...(2009 - vostf - 1h28)

 


Philippe vient de sortir de prison et rencontre Avdal, un kurde à la recherche d'un criminel irakien. Les deux hommes se lient d'amitié.
Avdal, qui rêve de rester en France, a prévu de faire venir à Paris sa fiancée, Siba. Soudain, Avdal meurt. Philippe se retrouve seul à devoir s'occuper de ses funérailles. Siba arrive à Paris et apprend la mort de son fiancé.
Recueillie par un groupe de Kurdes, elle fait la connaissance de Philippe alors que Cheto, le père d'Avdal arrive également à Paris...

  

Après Les Toits de Paris, le cinéaste kurde Hiner Saleem se hasarde sur le terrain de l'absurde et de la comédie avec Si tu meurs, je te tue. Un film à l'image de son héros, Philippe : charmant et intrigant.

 

Philippe ( Jonathan Zaccaï), qui vient de sortir de prison, rencontre Avdal, un Kurde à la recherche d'un criminel irakien. Les deux hommes se lient d'amitié. Avdal, qui rêve de rester en France, a prévu de faire venir à Paris sa fiancée, Siba ( Golshifteh Farahani). Soudain, Avdal meurt. Philippe se retrouve seul à devoir s'occuper de ses funérailles. Siba arrive à Paris et apprend la mort de son fiancé... Recueillie par un groupe de Kurdes, elle fait la connaissance de Philippe alors que Cheto, le père d'Avdal arrive également à Paris.

 

Si tu meurs, je te tue - Jonathan Zaccaï«Tu fais quoi ?

- J'attends ?

- T'attends quoi ?

- Quelqu'un.

- Moi aussi, j'attends.

- T'attends quoi ?

- Tout.»

 

C'est ainsi que Philippe va rencontrer Avdal, au comptoir d'un bar parisien et autour d'un oeuf dur, figure récurrente dans le film (n'y cherchez pas de symbole politique, nous a confessé le réalisateur). Deux personnages en position d'attente, qui, malgré un passif différent, vont se confronter à la figure de l'autre. Ça aurait pu commencer par une simple histoire d'amitié... Ça aurait pu... Mais c'était sans compter sur la ruse de Hiner Saleem, qui donne à son scénario un effet de poupée russe et promène son spectateur d'une histoire d'amitié, à un film de bande, jusqu'à l'itinéraire bouleversant de Siba, une jeune femme éprise de liberté. Incarnée par l'étonnante Golshifteh Farahani, qui donne à son personnage toute son énergie, sa spontanéité et sa modernité, Siba représente la force féministe du film.

 

Si tu meurs, je te tue - Golshifteh FarahaniInfiniment spontané et déroutant, Si tu meurs, je te tue se laisse savourer comme une comédie pure, sans rien renier de ses convictions humanistes. Etrangement, Paris n'a jamais été aussi bien filmée. Sans clichés, ni misérabilisme, la capitale apparaît comme une terre de contrastes, «une ville étonnante» où tout (ou presque) est permis. Hineer Salem confirme alors son statut de cinéaste à part dans le cinéma-monde. On ne peut que s'incliner.

 

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 07:30

Affiche du film Cirkus Columbia

 

CIRKUS COLUMBIA
Bosnie-Herzégovine. Film de Danis Tanovic avec Miki Manojlovic... (2010 - vostf - 1h50)

  

Bosnie-Herzégovine, 1991.
À l'effondrement du communisme, Divko revient dans son village après 20 ans d'exil à l'ouest en compagnie de la jeune et séduisante Azra qu'il compte épouser, le chat noir Bonny et les poches remplies de Deutschemarks. Il entend retrouver tout ce qu'il a laissé et plus particulièrement son fils Martin qu'il n'a jamais connu.
Mais personne ne s'attendait à son retour et Bonny ne semble pas se plaire dans ce nouvel environnement... Bref, en 20 ans, les choses ont quand même changé et le retour de Divko ne s'avère pas être celui auquel il rêvait.

 

Cirkus Columbia, c'est l'histoire de la Bosnie-Herzégovine avant la guerre qui a éclatée en 1992. Ce n'est pas la grande Histoire en somme, du moins pas encore. Danis Tanovic s'attarde plutôt sur le quotidien des habitants d'un village, dans lequel Divko revient après 20 ans d'exil. Mais, progressivement, ce quotidien commence à être bouleversé par les histoires intimes ou collectives. Sans grande ambition affichée, ce film est pourtant une petite perle

 

Retour au pays

Cirkus Columbia Danis Tanovic effectue avec Cirkus Columbia le retour dans son pays natal, comme Divko un des ses personnages principaux : la Bosnie-Herzégovine. Après avoir tourné autour du pot tout au long de sa carrière cinématographique, en l'abordant sous le point de vue de la guerre, il n'y avait pourtant pas remis les pieds pour ses trois précédents longs-métrages ( No man's land en 2001, L'Enfer en 2005 et Eyes of war en 2009). Cirkus Columbia boucle la boucle entamée avec No man's land qui se passait pendant le conflit et Eyes of war qui se situait après. Avec ce nouveau film, Danis Tanovic était donc prêt à revenir dans le passé et à se plonger dans ses souvenirs et sensations passés, avant cet épisode traumatisant. Il revient ainsi à la langue serbe (après le français et l'anglais dans les deux précédents longs), et travaille avec des acteurs serbes au jeu très juste, tendre et tranquille. Des visages inconnus qui apportent une totale crédibilité à la description du quotidien de ce pays.

 

Divko quant à lui revient dans son village après vingt d'exil en Allemagne. On ne sait pas vraiment pourquoi il est partit, ni exactement pourquoi il revient, mais on se doute bien que cela ne sent pas forcément la rose. Lui dit qu'il voudrait simplement passer le restant de ses jours dans son pays, qu'il porte toujours dans son cœur, divorcer de sa femme qu'il avait laissée là, et se marier avec sa nouvelle compagne, la jeune et pimpante Azra qu'il présente à tout le village. Il s'installe alors dans son ancienne maison (virant son ancienne épouse, normal...) et reprend sa vie, entre le café avec ses anciens amis et les caresses à son chat adoré Bonny (un personnage à part entière dans le film, tant les protagonistes lui accordent de l'importance !). Quand Bonny le chat porte-bonheur s'échappe, tout ce que Divko prévoyait ne tourne pas comme il l'entendait, et la petite histoire nous emmène vers la grande.

 

Cirkus ColumbiaAffectueux, nostalgique et mélancolique

 

Cirkus Columbia est un de ces films dans lesquels on se plonge avec délice et sans prise de tête. Il sait nous parler sans nous indiquer la voie à suivre, sans schéma narratif et outils de mise en scène cinématographiques trop éloquents, qui dirigent parfois trop le spectateur sur des sentiers déjà battus. Ici, le cinéma est chaleureux. Il sait émouvoir et faire sourire aux bons moments, avec des touches d'humour bien senties et pas trop potaches, tout en n'oubliant pas d'accorder de l'importance à la psychologie des personnages et aux décors.

Le film dévoile une nature verdoyante où il semble bon vivre. La photographie du film, aux couleurs chaudes ponctuées par des couleurs vives comme celles des vêtements d'Azra qui se pavane dans le village, propose une image vaporeuse et pop. Le village plutôt reculé n'est pas encore recouvert par trop de traces de la modernité, et on y voit la collectivité auprès de laquelle rien ne passe inaperçu, qui s'entraide ou se met des bâtons dans les roues à tour de rôle. Un brin nostalgique parfois, sans tomber dans quelque chose de pathétique. Cirkus Columbia sait manier une mélancolie attachante, capable d'éviter des situations trop balourdes et qui permet de rêvasser un peu, pris dans ce tiède quotidien.

 

 Entre deux eaux

Cirkus Columbia Ivica Djikic, nous fait donc débarquer dans la monotonie insouciante et ensoleillée de Martin, le fils de Divko, un adulescent passionné par les ondes radio, qui aime traîner avec ses amis, se baigner dans la rivière, et qui est surprotégé par sa mère. Quand son père arrive, il est un peu pris entre deux eaux et, au lieu de faire des choix, choisit de ne pas en faire et d'entreprendre ce que bon lui semble. Les autres personnages sont un peu comme lui, ils ont souvent du mal à se décider, à part pour sa mère Ivanda, très déterminée.

Entre utopie et réalisme, entre leurs rêves et leur quotidien banal, ces protagonistes doivent cependant essayer de prendre position quand des griefs éclatent, quand les tensions communautaires se font sentir et que la guerre semble imminente. Eux semble plutôt dirigés par leurs sentiments et leurs attaches, mais ce n'est pas le cas de tous ceux qui les entourent. D'abord comme un souffle lointain, le bruit de la guerre se fait de plus en plus sourd et proche, s'infiltrant dans les esprits et dans leur vie. Une seule issue semble se proposer à eux, plutôt que de choisir un camp : partir ailleurs, abandonner cet environnement qui semblait être leur raison de vivre.

Le film se finit là où la guerre éclate, et propose un faux happy-end qui nous laisse en eaux troubles, entre ravissement et inquiétude. Mieux vaut ne pas penser à la suite, et arrêter là le temps.

 

Danis Tanovic est un de ces réalisateurs d'Europe de l'Est dont on aime de plus en plus les films. On est face à un cinéma inventif et exaltant, qui s'approprie son histoire tout en sachant prendre du recul et ne pas verser dans le côté larmoyant. Avec une pâte « film indé », Cirkus Columbia est un film séduisant.

 

Par Mathilde Doiezie

 

 

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