Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 07:26

Une famille respectable UNE FAMILLE RESPECTABLE
Film franco-iranien de Massoud Bakhshi avec Mehrdad Sedighian, Babak Hamidjean, Mehran Ahmadi... (2011 - vostf - 1h30)
Arash, universitaire iranien qui vit en occident retourne donner des cours à Chiraz où vit sa mère, loin de Téhéran. Entraîné dans un tourbillon d’intrigues familiales et financières, il replonge dans un pays dont il ne possède plus les codes. A la mort de son père, découvrant ce qu’est devenue sa «famille respectable», il est contraint de faire des choix.
Le film de fiction de Massoud Bakhshi mêle polar, drame familial et extraits documentaires pour mettre en lumière la crise identitaire iranienne.

Exil en terre natale 

Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du dernier Festival de Cannes, le premier film de fiction de Massoud Bakhshi mêle polar, drame familial et extraits documentaires pour mettre en lumière la crise identitaire iranienne. Cet ambitieux mélange des genres est cependant terni par une histoire trop dense et un rythme monotone.

 

Une famille respectableArash ( Babak Hamidjean), universitaire iranien vivant en Occident depuis une vingtaine d'années, est de retour dans son pays natal. Après avoir donné une série de conférences à l'université de Chiraz, loin de Téhéran, le jeune professeur s’apprête de nouveau à quitter l'Iran. Alors que les préparatifs de départ s'annoncent plus compliqués que prévu (son passeport est bloqué par les autorités), Arash doit faire face à différents évènements qui font remonter à la surface les douleurs du passé. Les pénibles souvenirs que lui évoquent la mort de son père s'ajoutent à l'impuissance avec laquelle il assiste aux conflits d'héritage et aux trahisons familiales. Arash se voit alors embarqué dans une tragique aventure qui lui révélera le vrai visage de son entourage et, à travers ce prisme, de la société iranienne toute entière.

 

Une famille respectableOn s'en sera douté, le portrait de l'Iran d'aujourd'hui que dresse Massoud Bakhshi n'est pas des plus flatteurs. Si Arash ne maîtrise plus les codes de cette nouvelle société dans laquelle il évolue, les iraniens eux même semblent également en perte de repères. Le sens de la famille, le respect et la morale n'ont plus leur place dans ce nouvel Iran. Le titre «une famille respectable» se veut donc très ironique, pour ne pas dire grinçant. Mais au lieu de se complaire dans ce portrait noir, le réalisateur tient à souligner la lueur d'espoir portée par les jeunes et les femmes. Arash rencontre en effet du soutien auprès de ses étudiants qui le défendent face à la censure universitaire. C'est aussi aux cotés de sa mère et de sa nièce qu'il trouve de la douceur et du réconfort, ces dernières étant les seules à deviner le piège qui se referme sur lui.

 

Une famille respectableSans porter de regard accusateur, Massoud Bakhshi dépeint les vices et les espoirs de l'Iran d'aujourd'hui. Cette vision fine et réaliste ne masque pas pour autant un scénario qui multiplie les personnages et les rebondissements au dépens d'un suspense qui se trouve relégué au second plan. Dommage qu' Une famille respectable ne sache pas toujours maintenir notre attention car ce réalisateur iranien a manifestement beaucoup à dire et à filmer sur son pays.

 

Elsa Puangsudrac

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 16:28

La chasseLA CHASSE
Film danois de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp... (2011 - vostf - 1h51)

Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s'applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s'illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l'hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.

 

La Chasse - Mads MikkelsenAprès s'être imposé avec son dogmatique Festen, Thomas Vinterberg s'était un peu égaré du côté des Etats-Unis, avant de revenir sur sa terre natale, le Danemark avec une chasse à l'homme au processus scénaristique infaillible, où la machine infernale de la rumeur se resserre sur l'homme juste et bon, peut-être un peu trop solitaire pour être honnête...

 

La Chasse - Mads MikkelsenAprès un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s’applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s’illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.

 

La Chasse - Mads Mikkelsen, Alexandra RapaportIl aura suffi d'un baiser dérobé à Lucas, cet homme bon et généreux qui l'avait tenue par la main, accompagné chez elle, et pris soin de l'éloigner des batailles parentales, un baiser accordé comme un signe d'affection, un geste bienfaiteur, que la petite Klara a cru bon souffler à cet être si prévenant et solitaire, dans sa grande et vaste demeure. Mais Lucas feint l'indifférence et pire, va oser remettre cette petite aux yeux clairs à sa place. C'en est trop pour Klara qui va inventer un mensonge en signe de vengeance. «Les enfants ne mentent jamais». La directrice de ce jardin d'enfants prendra à la lettre les paroles de cette petite blessée, accusant Lucas d'avoir commis l'irréparable, l'impensable dans ce petit village où la communauté avance au galop, comme une troupe ordonnée prête à tout pour chasser le traitre, celui qui a osé touché à la fille de son meilleur ami.

 

La Chasse - Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Anne Louise HassingSeul contre tous, Lucas reste impassible, se laisse faire, attend son heure, persuadé de son bon droit. Thomas Vinterberg filme au plus près la déchéance d'une humanité blessée, emballe cette machine infernale de valeurs morales un peu réchauffées, installe son récit dans un climat agressif, sans jamais laisser planer le moindre doute sur ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Alors, le spectateur ne peut qu'être en empathie totale avec ce personnage, prendre à parti cette troupe d'indignes gens incapables de voir la vérité en face, surtout lorsqu'il est porté par le sombre et énigmatique Mads Mikkelsen. Le récit est habile, la mise en scène stupéfiante, mais ce manichéisme ambiant, cette insoutenable prise en otage que Thomas Vinterberg dénonce lui-même donne à cette chasse à l'homme un sentiment de trouble gênant, voire sordide.

 

Par Laure Croiset

 

Partager cet article
Repost0
29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 08:09

POUR IMPRIMER LE PROGRAMME  DES AMIS DU CINEMA, CLIQUEZ ICI !


Au delà des collines AU DELA DES COLLINES
Film Roumain réalisé par Cristian Mungiu avec Cristina Flutur, Cosmina Stratan, Catalina Harabagiu... (2011 - vostf - 2h35)
Alina revient d'Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu'elle ait jamais aimée et qui l'ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est bien difficile d'avoir Dieu comme rival.
Dès les premières images, Mungiu emporte le spectateur dans l'atmosphère pesante d'un couvent qu'on croirait sis dans un autre siècle. On est pris à la gorge avec une telle force que, suffoqué d'appréhension, on n'a pas le temps de s'ennuyer, trop occupé à essayer de respirer...
LUNDI 3 DECEMBRE à 18h et 21h


La chasse LA CHASSE
Film danois de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp... (2011 - vostf - 1h51)
Après un divorce difficile, Lucas a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail. Mais une méfiance se propage et plonge la petite communauté dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à réagir...
Une chasse à l'homme au processus scénaristique infaillible, où la machine infernale de la rumeur se resserre sur l'homme juste et bon, peut-être un peu trop solitaire pour être honnête...
LUNDI 10 DECEMBRE à 18h et 21h


Une famille respectable UNE FAMILLE RESPECTABLE
Film franco-iranien de Massoud Bakhshi avec Mehrdad Sedighian, Babak Hamidjean, Mehran Ahmadi... (2011 - vostf - 1h30)
Arash, universitaire iranien qui vit en occident retourne donner des cours à Chiraz où vit sa mère, loin de Téhéran. Entraîné dans un tourbillon d’intrigues familiales et financières, il replonge dans un pays dont il ne possède plus les codes. A la mort de son père, découvrant ce qu’est devenue sa «famille respectable», il est contraint de faire des choix.
Le film de fiction de Massoud Bakhshi mêle polar, drame familial et extraits documentaires pour mettre en lumière la crise identitaire iranienne.

 LUNDI 17 DECEMBRE à 18h et 21h


Les Bêtes du sud sauvage

LES BETES DU SUD SAUVAGE
Film américain de Benh Zeitlin avec Quvenzhané Wallis. (2011 -vostf - 1h32)
Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père. Brusquement, la nature s'emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d'aurochs. Avec la montée des eaux, l'irruption de ces créatures préhistoriques et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue...
Un film universel, audacieux et dense, un hymne à la vie et l’espoir, au doux refuge de l'imaginaire aussi quand la réalité devient trop violente. Un film d’une beauté âpre et flamboyante qui vous accompagnera longtemps. Un film rare qui méritait indéniablement son avalanche de récompenses à Cannes, Deauville, Sundance et... dans vos coeurs.
JEUDI 27 DECEMBRE à 18h (prix reduit pour tous) et 21h


ArgoARGO
Thriller américain de Ben Affleck de et avec Ben Affleck. (2012 - vostf - 2h00)
1979, à Téhéran, au summum de la révolution iranienne, 52 américains sont pris en otage. Mais au milieu du chaos, six d’entre eux réussissent à s’échapper et à se réfugier dans une ambassade. Un spécialiste de la CIA monte un plan risqué visant à les faire évader et sortir du pays. Un plan si incroyable qu’il ne pourrait exister qu’au cinéma !
Ben Affleck nous donne une leçon de cinéma, dans un film à la maîtrise incroyable tiré d’une histoire vraie. Argo nous rappelle aux bons souvenirs des thrillers des années 70, en même temps qu'il égratigne Hollywood et la politique américaine. Un grand moment de suspense !
JEUDI 3 JANVIER à 18h (prix reduit pour tous) et 21h


Royal AffairROYAL AFFAIR
Film historique danois de Nikolaj Arcel avec Mads Mikkelsen, Trine Dyrholm, David Dencik... (2011 - vostf - 2h16)
L'histoire vraie d'un homme ordinaire qui gagne le cœur d'une reine et démarre une révolution. Centré sur le triangle amoureux constitué par Christian VII, roi cyclothymique et débauché, l'idéaliste Struensee, médecin imprégné de la pensée des Lumières et la reine Mathilde.
NiKolaj Arcel associe le romanesque au fait historique pour nous faire découvrir l'un des événements majeurs qui changera le destin du Danemark. Une occasion de découvrir une page capitale de l'histoire danoise...
VENDREDI 7 JANVIER à 18h et 21h


Les Invisibles

LES INVISIBLES
Film documentaire français de Sébastien Lifshitz. (1h55)
Des hommes et des femmes, nés dans l'entre-deux-guerres avec comme point commun d'être homosexuels et d'avoir choisi de le vivre au grand jour, à une époque où la société les rejetait. Ils ont aimé, lutté, désiré, fait l'amour. Aujourd'hui, ils racontent ce que fut cette vie insoumise, partagés entre la volonté de rester des gens comme les autres et l'obligation de s'inventer une liberté pour s'épanouir. Ils n'ont eu peur de rien.
Un film beau et bouleversant sur les parcours d'hommes et de femmes, tous nés dans l'Entre-deux-guerres et homosexuels. Bien que porté par un propos militant, "Les Invisibles" est avant tout un magnifique film sur l'amour.
JEUDI 10 JANVIER à 18h et 21h


TabouTABOU
Brésil, Portugal, France. Film de Miguel Gomes avec Laura Soveral, Teresa Madruga, Isabel Cardoso... (2011 - vostf - 1h58)
Quand une vieille femme au caractère bien trempé meurt ses voisines découvrent un épisode de sa vie : une histoire d'amour, une scène de meurtre dans une Afrique directement sortie d'un film d'aventure...
Avec ce chef d’œuvre du merveilleux, Miguel Gomes nous offre un fantastique voyage sur la mémoire, un livre d’histoires d’une richesse imprévisible.
LUNDI 14 JANVIER à 18h et 21h


Les Hauts de Hurlevent

LES HAUTS DE HURLEVENT
Drame, Romance film anglais de Andrea Arnold avec Solomon Glave, Paul Hilton, Kaya Scodelario... (2011 - vostf - 2h09)
Les relations tumultueuses de la famille Earnshaw, maudite suite à l'adoption de Heathcliff, jeune bohémien de six ans...
La réalisatrice Andrea Arnold a voulu se démarquer de ces nombreuses réécritures en optant pour le côté sombre de l’œuvre de Emilie Brontë.
LUNDI 21 JANVIER à 18h et 21h


Jours de pêche en Patagonie

JOURS DE PECHE EN PATAGONIE
Film argentin par Carlos Sorín avec Victoria Almeida. (2012 - vostf - 1h18)
Marco, la cinquantaine, à la fin de sa cure de désintoxication, se rend en Patagonie pour s'adonner à la pêche. Ancien alcoolique, divorcé, Marco tente de repartir du bon pied dans la vie. Il entend aussi renouer avec sa fille qu'il n'a plus vue depuis des années et qui réside dans la région. Mais il a visiblement beaucoup de choses à se faire pardonner...
Paysages infinis, solitude ponctuée de rencontres, difficultés à communiquer... par le réalisateur de «Historias mínimas» et «Bombón el perro».
LUNDI 28 JANVIER à 18h et 21h


Partager cet article
Repost0
27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 09:52

Au delà des collines AU DELA DES COLLINES
Film Roumain réalisé par Cristian Mungiu avec Cristina Flutur, Cosmina Stratan, Catalina Harabagiu... Sélection Officielle en Compétition au Festival de Cannes 2012. (2h35)
Alina revient d'Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu'elle ait jamais aimée et qui l'ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est bien difficile d'avoir Dieu comme rival.
Dès les premières images, Mungiu emporte le spectateur dans l'atmosphère pesante d'un couvent qu'on croirait sis dans un autre siècle. On est pris à la gorge avec une telle force que, suffoqué d'appréhension, on n'a pas le temps de s'ennuyer, trop occupé à essayer de respirer.

Au-delà des Collines : Cristian Mungiu sans concession 

Avec Au-delà des Collines, Cristian Mungiu nous plonge dans le quotidien d’un monastère roumain Orthodoxe. Il nous met à l’épreuve en nous faisant endurer le poids du quotidien de ces nonnes et montre ainsi la haute exigence qu’il met dans son cinéma, qui représente la vie, sans concession, sans artifice.

 

Au-delà des CollinesMungiu revient à Cannes après avoir remporté la Palme d’or en 2007 pour son 4 mois, 3 semaines, 2 jours, portrait terrible d’une femme obligée d’avorter illicitement sous le régime de Ceausescu. Cette fois dans Au-delà des Collines, il nous raconte l’histoire d’une jeune fille qui revient dans son pays natal, après avoir passé quelques années en Allemagne et découvre que son amie la plus chère à son cœur, l’a remplacée par Dieu. C’est bien d’amour qu’il s’agit dans le film de Mungiu, d’amour terrestre pour Alina, qui se meurt sans Voichita et d’amour céleste pour Voichita, qui ne peut aimer personne d’autre si elle veut ouvrir son cœur à Dieu. Mungiu nous montre dans les deux cas auxquels extrémités, auxquels abandons de soi, l’être humain est prêt à aller par amour. Alina donne tout ce qu’elle a, oublie tout ce en quoi elle croit et sacrifie sa liberté, jusqu’à sa vie pour Voichita. Elle a renoncé à tout autre amour, à tout autre désir et liberté de penser pour tromper la solitude aux côtés de Dieu et pouvoir prononcer « papa » et « maman », mots qu’elle n’a jamais pu dire étant enfant. Les deux êtres ne sont jamais irréconciliables, elles ne cessent de se séparer pour toujours se retrouver jusque dans un dernier sourire presque divin.

 

Au-delà des CollinesMungiu est un réalisateur exigeant, il met le spectateur à l’épreuve, comme Alina le fait avec les nonnes du monastère orthodoxe, filmé pendant 2h30. Il nous fait pénétrer dans leur austère quotidien et nous fait ressentir ces heures qui s’écoulent au rythme des repas passés tous ensemble ou des prières récitées et encore des tâches ménagères à accomplir. Comment mieux nous faire ressentir ce poids des heures et du devoir à Dieu, que par cette longueur de l’histoire, cette lenteur de l’intrigue ? Par cette mise en scène dépouillée, sans artifice, couleur, ni musique, austère ? Le film exige de nous cette même patiente que les nonnes, cette même passion pour l’art, qu’elles ont pour Dieu, qui nous permettra de déceler la beauté dans les compositions de cadres absolument parfaits, du premier qui suit Voichita au dernier qui se ressert progressivement sur le pare-brise de la camionnette. Mungiu réalise un travail d’orfèvre qui trouvera dans la démesure son ennemie principal et nous montrera la vie sans concession, sans déguisement.

 

Par Camille Esnault

 

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 08:15

In Another CountryIN ANOTHER COUNTRY
Film coréen de Hong Sang-soo avec Isabelle Huppert, Kwon Hye Hyo, Jung Yu Mi... (2012 - vostf - 1h29)


Dans un pays qui n’est pas le sien, une femme qui n’est à la fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, a rencontré, rencontre et rencontrera au même endroit les mêmes personnes qui lui feront vivre à chaque fois une expérience inédite.

In another country : Hong Sang-soo, le temps d'un été... 

Petite pause estivale dans une station balnéaire nommée Mohang-si, en compagnie du Sud-Coréen Hong Sang-soo, qui embarque avec lui notre Isabelle Huppert nationale pour une variation narrative en trois actes. Charmant, grisant et brillant.

 

In another country - Isabelle Huppert, Jun-Sang YuDans un pays qui n'est pas le sien, une femme qui n'est à la fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, a rencontré, rencontre et rencontrera au même endroit les mêmes personnes qui lui feront vivre à chaque fois une expérience inédite.

 

On l'avait quitté avec Matins calmes à Séoul en noir et blanc, dans ce quartier de Bukchon, au Nord de Séoul, suivant l'errance nocturne d'un personnage qui se rend trois fois au même endroit. Fidèle à son obsession de la répétition, Hong Sang-soo choisit la muse de Claude Chabrol pour traverser trois courts récits, trois scénarios de courts métrages, qui interrogent la place de l'étranger dans la société coréenne et surtout ce mal qui semble ronger le pays du matin calme, ces hommes qui ne pensent qu'au sexe (et au cinéma).

 

In another country - Isabelle Huppert, Jung Yu MiPar le biais de cette Anne, qui prendra tantôt le visage d'une réalisatrice française renommée, qui avait jadis volé un baiser à son ami réalisateur en plein Berlin, deviendra Anne, une femme mariée à un industriel français, qui choisit Munsoo, un réalisateur coréen pour amant, avant de se transformer en une riche héritière que son mari a délaissé pour une jeune Coréenne. Au passage, Anne va traverser cette station balnéaire désertique et croiser le chemin d'un maître-nageur à la guitare facile.

 

Se servant de la barrière de la langue comme un outil narratif qui va relier ces trois segments, Hong Sang-soo, dont la réputation a très souvent desservi son cinéma, bien plus profond et subtil que cette image rohmérienne et alcoolisée qui lui colle à la peau, use de son sens de la fantaisie pour croquer le portrait de personnages qui cherchent à se ressaisir dans ce petit coin perdu. Le résultat est charmant, léger comme une friandise et exalte avec lui un sentiment de liberté mêlé à une mélancolie profonde.

 

Par Laure Croiset


Partager cet article
Repost0
16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 08:22

Tous Cobayes ?TOUS COBAYES
Film documentaire de Jean-Paul Jaud avec Philippe Torreton (2012 - 1h55)
Comment se fait-il que les OGM agricoles soient dans les champs et dans les assiettes alors qu’ils n’ont été testés que pendant trois mois sur des rats? Comment se fait-il que l'énergie nucléaire soit toujours l’énergie du futur alors que les hommes ont vécu Tchernobyl et Fukushima ? Les conclusions seraient-elles accablantes? OGM, Nucléaire : L’Homme s’est approprié ces technologies sans faire de tests sanitaires ni environnementaux approfondis alors que la contamination irréversible du vivant est réelle. Serions-nous tous des cobayes ?

Tous Cobayes ? : vous avez dit contre-nature ? 

Un documentaire préoccupant sur l'état mondial de la consommation agroalimentaire. Ou comment la population, de tous les continents, est réduite à l'état de cobaye par les grandes firmes qui vendent leurs produits sans se préoccuper de leurs effets sur la santé de leurs consommateurs.

 

Tous Cobayes ?Comment se fait-il que les OGM agricoles soient dans les champs et dans les assiettes alors qu’ils n’ont été testés que pendant trois mois sur des rats? Comment se fait-il que l'énergie nucléaire soit toujours l’énergie du futur alors que les Hommes ont vécu Tchernobyl et Fukushima ? Les conclusions seraient-elles accablantes? OGM, Nucléaire : L’Homme s’est approprié ces technologies sans faire de tests sanitaires ni environnementaux approfondis alors que la contamination irréversible du vivant est réelle. Serions-nous tous des cobayes ?

 

Tous Cobayes ? Jean-Paul Jaud nous livre un documentaire engagé. Il fait partie de ces citoyens pour qui le mot « concession » n'existe pas. Sans détour il nous livre son propos et avance un à un ses arguments. Il s’appuie pour cela sur l'étude du Professeur Gilles-Eric Séralini, qu'il relate dans son livre intitulé, comme le film, Tous Cobayes ? En secret il a testé sur des rats de laboratoire, durant deux ans, les effets de la consommation d'un OGM agricole avec le pesticide Roundup. Les résultats sont alarmants. Conté par la voix calme et sérieuse de Philippe Torreton, ce documentaire prend, hélas, parfois un ton un peu larmoyant. Mais on pardonnera volontiers cet excès de pathos quand on prend conscience de la gravité de la situation. Alarmant il reste pourtant optimiste en démontrant que des alternatives sont déjà mises en place et qu'il n'appartient qu'aux gouvernements de les soutenir.

 

Tous Cobayes ?Le documentaire se veut complet et sérieux et fait appel pour cela à de nombreux intervenants. Scientifiques, politiciens, universitaires, agriculteurs, dockers et consommateurs témoignent pour donner à cette question épineuse tout son sens. Le réalisateur filme tout les maillons de la chaine et offre une vision globale. Car au delà des problématiques liées à la culture et à la consommation d'OGM, il n’est absolument pas question ici d'OGM développés en laboratoire destinés à la recherche médicale, c'est tout un système qui est remis en cause. Et le constat est révoltant, le consommateur n'a pas le choix. Aucune loi n'obligeant la grande distribution à signaler la présence d'OGM dans ses produits, il lui est très difficile, s'il le désire, de les éliminer totalement de sa consommation. Le film offre un véritable tour du monde, assimilant la question des OGM à la question du nucléaire de façon très logique et très intelligente.

 

Sous couvert d'une petite élite, détenant la majorité des capitaux, la population se retrouve à la place de ces rats de laboratoire. Alors que ces produits sont déjà dans nos assiettes, aucune véritable étude n'a été menée jusqu'ici. Les effets néfastes des radiations, comme de la consommation de plantes transgéniques, ne se manifestent qu'à long terme. Le poison invisible n’est pas foudroyant mais contamine peu à peu et intoxique sur plusieurs générations. La publication des résultats de la recherche du Professeur Séralini coïncide avec la sortie en salle de ce film. Il est certain que des contre-expertises vont être publiées, ce que souhaite l'équipe scientifique, à condition qu'elles soient faites par des chercheurs indépendants. La conclusion tombe et laisse sans voix, c'est la première fois dans l'histoire de la vie qu'une espèce utilise un procédé dont la conséquence directe est d'empoissonner ses petits. Vous avez dit contre-nature ?

 

Par Laura Terrazas


Partager cet article
Repost0
13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 08:59

La pirogue LA PIROGUE
film africain de Moussa Touré avec Souleymane Seye Ndiaye, Laïty Fall, Malamine Dramé... (2011 - vostf - 1h27)
Un village de pêcheurs dans la grande banlieue de Dakar, d’où partent de nombreuses pirogues. Au terme d’une traversée souvent meurtrière, elles vont rejoindre les îles Canaries en territoire espagnol. Baye Laye est capitaine d’une pirogue de pêche, il connaît la mer. Il ne veut pas partir, mais il n’a pas le choix. Il devra conduire 30 hommes en Espagne. Ils ne se comprennent pas tous, certain n’ont jamais vu la mer et personne ne sait ce qui l’attend.

Infos tournage

Le film de Moussa Touré est né d'un constat. Faute de perspective, au Sénégal, chaque famille compte au moins un de ses membres qui s’est embarqué dans une pirogue pour tenter sa chance en Europe: «Un jour, j’ai découvert que mon mécanicien, qui est tout jeune homme, avait lui aussi tenté l’aventure. Il était monté à bord d’une pirogue, mais avait été reconduit au pays deux mois plus tard. Quand je l’ai retrouvé, je l’ai longuement interrogé et j’ai noté des éléments de son récit qui, par la suite, m’ont inspiré pour le film.»

 

longue production

La PirogueLe processus de travail et d'écriture, a duré 3 ans. Le réalisateur sénégalais Moussa Touré a été choisi par le producteur Eric Nevé pour sa connaissance de la mer. N'ayant pas participé à l'écriture, le cinéaste a eu une liberté totale pour adapter le scénario de la réalité de l'immigration: «J’ai refusé d’être crédité au scénario car les deux personnes qui ont écrit avaient un vrai recul par rapport à cette fiction, alors que je n’avais pas moi-même la distance nécessaire... Personnellement, mon véritable travail d’écriture s’est fait pendant le tournage, par la mise en scène.»

 

Symbole du film

La PirogueLa Pirogue de Moussa Touré s'ouvre avec une séquence de lutte, sport le plus populaire au Sénégal: «J’ai choisi de commencer le film sur cette séquence pour placer l’homme sénégalais au cœur de cette histoire : c’est dans la lutte que nous nous retrouvons tous.»

 

Un titre évocateur

A travers le récit de cette fuite vers un eldorado européen, Moussa Touré a choisi son titre comme une analogie de d'une jeunesse en quête d'espoir: «La Pirogue est une métaphore du pays qui part à la dérive, quand il n’y a plus d’horizon.»

 

Filmer un peuple du regard

La PirogueSensible aux visages, le réalisateur Moussa Touré a travaillé avec son chef opérateur sur les regards des sénégalais qui viennent d'un «pays porté sur l'horizon...Nous voulions aussi montrer le profil des personnages, en choisissant de les cadrer en enfilade, afin d’accentuer la notion d’horizon vers lequel ils sont tous tendus. Cette démarche m’a été inspirée par Gilles Groulx, documentariste canadien qui m’avait expliqué ce type de prise de vue.»

 

Méthode de travail

La PirogueLe cinéaste Moussa Touré a d'abord choisi des visages et projeté le film Master and Commander : De l'autre côté du monde de Peter Weir afin d'intégrer la subtilité du jeu d'acteur. Puis après quelques répétitions, le cinéaste a changé des éléments: «Je voulais absolument qu’ils se sentent en danger afin qu’on lise la peur sur leur visage. Par moments, ils ne savaient même pas où ils allaient, alors que je savais très précisément ce que je faisais... Le doute... se lisait sur tous les vi

sages, et c’est devenu comme une clé de voûte qui sous-tend l’ensemble du film.»

 

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 09:40

OmblineOMBLINE
Film français de Stéphane Cazes avec Mélanie Thierry, Nathalie Becue, Corinne Masiero... (2012 - 1h35)
 

 

Ombline, une jeune femme de vingt ans, est condamnée à 3 ans de prison suite à une violente agression. Alors qu’elle a perdu tout espoir en l’avenir, un événement vient bouleverser sa vie : elle découvre qu’elle est enceinte et donne naissance à Lucas. La loi lui permettant de l’élever les 18 premiers mois, Ombline va se battre pour garder son fils le plus longtemps possible auprès d’elle et convaincre le juge qu’elle est capable d’en assumer la garde à sa sortie de prison. Dans cet univers carcéral sombre, commence le combat d’une femme devenue mère en prison, qui va se reconstruire en se battant pour son enfant.

naissance d'un détenu  

Pour son premier long métrage, Stéphane Cazes nous fait découvrir le quotidien des détenues devenant mères. Ombline se révèle comme un film brut et inspiré qui réconcilie les contradictions en faisant naitre l'innocence en prison et en illuminant de douceur l'un des lieux les plus sordides. Un thème puissant et rarement traité jusque là.

 

Ombline - Mélanie ThierryOmbline n'a que 20 ans mais commence sa jeune vie d'adulte derrière les barreaux. Incarcérée pour trois ans suite à une violente agression, elle se rend compte peu après son arrivée qu'elle est enceinte. Elle donne alors naissance à Lucas, petit bout d'innocence et de liberté qui saura lui redonner espoir. Commencera alors un long combat pour convaincre le juge qu'elle est capable d'en assumer la garde à la sortie.

 

Ombline - Mélanie ThierryLa maternité en prison. Dur mais riche de ses paradoxes, cet univers est encore aujourd'hui quasi méconnu et ignoré, jusqu'à en devenir impensable. Malgré la tristesse inouïe de donner la vie en étant enfermée, ce bouleversement représente pour Ombline, interprétée magnifiquement par Mélanie Thierry, un véritable soutien moral et physique. Par sa simple présence Lucas amène l'innocence et la liberté dans la cellule de sa mère, lui redonnant ainsi espoir. En canalisant son énergie, le bébé transforme la violence d'Ombline en douceur.Tout le défi de la jeune femme consistera alors à persévérer dans sa reconstruction quand son enfant sera placé en famille d'accueil avant la fin de sa peine.

 

Ombline - Mélanie Thierry Ombline évolue dans un univers carcéral dépeint avec autant de force qu' Un prophète de Jacques Audiard. Mêlés à à la maternité, les thèmes de la surpopulation, du manque de personnel, de l''insalubrité ou de la violence quotidienne prennent cependant un degré plus tragique. Mélanie Thierry, véritable boule de nerfs à fleur de peau, nous transmet avec une terrible efficacité son angoisse maternelle. Certaines scènes de panique pourraient même incommoder les spectateurs à tendance claustrophobe. Pourtant, bien plus que l'opposition entre la liberté et l'enfermement, c'est le rapport de force entre surveillantes et détenues qui bouleverse. L'institution de la prison impose cet affrontement malgré le lien inaltérable qui unit ces femmes: la maternité. La compassion, la reconnaissance, la sympathie sont des sentiments jamais assumés du fait de cet antagonisme. Et Stéphane Cazes joue sur ces faux semblants de manichéismes.

 

Ombline aurait sûrement pu être un documentaire. Du moins, le film nous ouvre les yeux sur le quotidien des mères-prisonnières. Mais le réalisateur adopte un œil résolument cinématographique, collant Mélanie Thierry dans chaque plan de façon à ce que le spectateur découvre la prison à travers son regard. Un angle enrichissant car plus approfondi mais qui arrondit les angles malgré tout. La beauté de l'actrice par exemple qui, sans même une once de maquillage, illumine l'espace par sa mine angélique. Ce contraste trop fort avec les visages las et fatigués des co-détenues n'aide malheureusement pas à la crédibilité du propos.

 

Par Elsa Puangsudrac

 

Partager cet article
Repost0
6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 08:27

Después de LuciaDESPUES DE LUCIA
Film franco-mexicain de Michel Franco avec Hernan Mendoza, Tessa la Gonzalez... (2012 - vostf - 1h43)


Descente aux enfers d'une lycéenne qui, pour épargner son père récemment veuf, se laisse tourmenter par ses camarades jusqu'à l'abject. ce drame éprouvant n'en est pas moins d'une intelligence scénaristique et d'une qualité formelle rares.


Qualifié de chef d'oeuvre par Tim Roth, le président du jury d'Un Certain Regard durant le dernier Festival de Cannes, le deuxième film de Michel Franco marque en effet les esprits mais les divisera sans doute également. Avec Despuès de Lucia, un drame familial dur et éprouvant, le réalisateur mexicain a décidé de ne pas ménager pas son public, pour le meilleur ou pour le pire.

Le choc venu du Mexique 

Qualifié de chef d'oeuvre par Tim Roth, le président du jury d'Un Certain Regard durant le dernier Festival de Cannes, le deuxième film de Michel Franco marque en effet les esprits mais les divisera sans doute également. Avec Despuès de Lucia, un drame familial dur et éprouvant, le réalisateur mexicain a décidé de ne pas ménager pas son public, pour le meilleur ou pour le pire.

Despuès de LuciaAprès Daniel y Ana (2009), ou l'histoire d'un rapt d’un frère et d’une sœur qui se voient obligés à avoir un rapport sexuel filmé, Michel Franco persévère dans la provocation et la cruauté froide avec son second long métrage, Despuès de Lucia. Prenant la forme d'un processus inexorable, ce drame narre avec une certaine distance la descente aux enfers d'Alejandra, une adolescente victime des insultes, humiliations et autres sévices de ses «camarades» classe.

 

Despuès de LuciaMême si elle figure dans le titre, Lucia est à peine évoquée dans le film. Femme de Roberto et mère d'Alejandra, celle-ci a été victime d'un accident de voiture. Six mois plus tard, le père et la fille tentent de surmonter le deuil en prenant un nouveau départ dans la ville de Mexico. Tout est nouveau: la voiture, l'appartement, le boulot du père et l'école de la fille. Alors que Roberto s'enferme dans la solitude et le dépit, Alejandra tente de s’intégrer en se la jouant cool et en cachant son passé aux autres élèves. Tout dérape lorsqu'une vidéo de ses ébats avec un de ses camarades de classe est postée sur Internet. C'est alors le début d'un bizutage qui, après les moqueries et les insultes, dégénérera jusqu'à atteindre le point de non retour.

 

Despuès de LuciaAvec Despuès de Lucia, Michel Franco semble vouloir explorer les limites de la cruauté exercée par des adolescents dénués de tout sens moral et délaissés par les figures d'autorité (les parents, les professeurs ou encore la police se contentent de flotter au dessus toute cette horreur). A moins qu'il ne veuille plutôt sonder les limites de la résistance à la cruauté car Alejandra fait le choix de ne pas se défendre, de subir son sort pour ne pas inquiéter son père. Il n'en reste que le spectacle choque, non pas par la violence des scènes, mais par leur force de suggestion. Si le spectateur réussit à dépasser ce trouble, il trouvera peut être dans ce film ce que le réalisateur voulait lui montrer: les contradictions qui nous animent tous, les conséquences d'une vengeance mal placée ou la nécessité de la communication. Il faudra cependant faire preuve de patience et de résistance face à ce spectacle sordide.

 

Par Elsa Puangsudrac


Partager cet article
Repost0
30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 08:36

Reality REALITY
Comédie italienne de Matteo Garrone avec Aniello Arena, Loredana Simioli, Nando Paone... (2012 - vostf - 1h55)
Au cœur de Naples, Luciano est un chef de famille exubérant qui exerce ses talents de bonimenteur et de comique devant les clients de sa poissonnerie et de sa nombreuse tribu. Un jour, poussé par ses enfants, il participe sans trop y croire au casting d’une émission de télé-réalité. Dès cet instant, sa vie entière bascule, déformée par le prisme de la télé-réalité : Plus rien ne compte désormais, ni sa famille, ni ses amis, ni son travail ni même la petite arnaque imaginée par Maria, son épouse, qui améliorait un peu leur ordinaire. Le rêve de devenir une personnalité médiatique modifie radicalement son destin et celui de tout son entourage... 

une fable grinçante signée Matteo Garrone

Après son brillant Gomorra qui lui valut de remporter le Grand Prix du Festival de Cannes en 2008, Matteo Garrone revient sur la Croisette avec une comédie grinçante, qui s'inscrit dans un vaste monde entre rêve et réalité, Reality, justement.

 

RealityLe décor est pimpant, une calèche avance dans un cadre décollé du réel, la caméra de Matteo Garrone s'inscrit dans une fable baignée d'espoirs et d'illusions. Pourtant, c'est bien à Naples que nous nous situons. Luciano est un chef de famille hâbleur et joyeusement exubérant qui exerce ses talents de bonimenteur et de comique devant les clients de sa poissonnerie et sa nombreuse tribu. Un jour, poussé par ses enfants, il participe sans trop y croire au casting de la plus célèbre émission de téléréalité italienne. Dès cet instant, sa vie entière bascule : plus rien ne compte désormais - ni sa famille, ni ses amis, ni son travail ni même la petite arnaque imaginée par son épouse qui améliorait un peu leur ordinaire ! Le rêve de devenir une personnalité médiatique modifie radicalement son destin mais aussi celui de tout son entourage...

 

RealityAvec Reality, Matteo Garrone décrit l'itinéraire d'un personnage happé par un rêve trop grand pour lui, aspiré par un monde imaginaire qui le décollera de la réalité de son quotidien. Le regard enfantin, il avance sans jamais abandonner son rêve, centrant son monde autour de cette émission, qu'il a côtoyée brièvement en rencontrant l'un de ses héros, Enzo, au cours d'un mariage. Dans cette vaste fable magnifiquement orchestrée par un metteur en scène qui sait parfaitement où il va, la caméra est virevoltante, basculant du drame psychologique à la comédie fellinienne, tout va très vite et la spirale, infernale, va peu à peu se refermer autour de son héros. Une sorte de Pinocchio des temps modernes porté par Aniello Arena, un acteur sous les barreaux qui aurait pu se voir offrir le prix d'interprétation masculine, tant sa partition, à la fois simple et pourtant si vaste donne du relief à son personnage.

 

En changeant de registre, Matteo Garrone apporte de la forme au fond, joue sur différents niveaux et accède à une des formes les plus nobles de la comédie. On aurait apprécié un niveau de lecture supplémentaire, surtout venant de l'auteur du tant estimable Gomorra, mais la caméra de Matteo Garrone finit par nous emporter grâce à une vision subtile, grinçante et éloquente sur les variations du monde contemporain.

 

Par Laure Croiset


Partager cet article
Repost0