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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 15:39

Jimmy's HallJIMMY'S HALL
Historique de Ken Loach avec Barry Ward, Simone Kirby, Jim Norton... (1h46)
1932. Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays. Dans l'Irlande qu'il retrouve, une dizaine d'années après la guerre civile, tous les espoirs sont permis... Malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l'Église, le jeune militant décide de rouvrir le "Hall", foyer de jeunesse gratuit et ouvert à tous où l'on se retrouve pour danser, étudier ou discuter. Mais ses idées progressistes ne sont pas du goût de tout le monde au village, et les tensions refont surface.

Jimmy's Hall : un film qui rassemble 

Après sa Palme d'or remportée en 2006 avec Le Vent se lève, Ken Loach s'éprend une fois de plus des terres irlandaises pour dresser un film à la fois engagé et solidaire sur le fond, mais assez classique sur la forme.

 

Jimmy's Hall - Barry WardAprès s'être exilé dix ans à New York, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s'occuper de la ferme familiale. Une Irlande profondément changée après une décennie de guerre civile et la mise en place d'un nouveau gouvernement. Poussé par l'énergie des jeunes de Leitrim, Jimmy décide de rouvrir les portes d'un ancien dancing. Mais le succès grandissant, les tensions refont surface autour de cet homme aux idées progressistes.

 

Jimmy's Hall - Barry Ward, Simone KirbyPar le biais du portrait de cet homme qui symbolise à lui seul le changement, Ken Loach montre une société bien-pensante sclérosée autour d'une Eglise toute-puissante. C'est naturellement que le cinéaste britannique poursuit sa voie engagée d'un cinéma qui rassemble autour d'idéaux fortement marqués à gauche. L'élan de solidarité formé par cette jeunesse qui rêve juste d'un endroit à elle est filmé avec une vitalité que l'on se plaît à retrouver chez Ken Loach. Ce héros des temps modernes, libre, charismatique et tourmenté est incarné par le flegmatique Barry Ward et rythmé au son d'une musique irlandaise, qui viendrait s'acoquiner avec les notes jazzy venues de New York.

 

Brisant toutes les frontières, déplaçant tous les préjugés, Ken Loach démontre une fois de plus avec brio et simplicité que la liberté a un prix mais qu'avec un peu de courage et de solidarité, tout reste possible. Certes l'ensemble est orchestré dans un écrin pour le moins classique côté mise en scène, mais l'histoire n'a pas besoin d'artifices, ni de faux-semblants. Ici, c'est l'humain qui prime et c'est ce qui fait de ce Jimmy's Hall un film qui rassemble.

 

Par Laure Croiset

 

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 07:49

POUR CONSULTER LE PROGRAMME ET L'IMPRIMER, CLIQUEZ ICI !


Party GirlPARTY GIRL
Comédie dramatique de Marie Amachoukeli, Samuel Theis, Claire Burger avec Angélique Litzenburger, Joseph Bour... Primé à Cannes. (2014 - 1h35)
Angélique, 60 ans, aime encore la fête et les hommes. La nuit, pour gagner sa vie, elle les fait boire dans un cabaret à la frontière allemande. Avec le temps, les clients se font rares. Mais Michel, son habitué, est toujours amoureux d’elle. Un jour, il lui propose de l’épouser.
Caméra d'or au Festival de Cannes pour ce cinéma-vérité qui ne transige pas avec le réel en proposant un portrait de femme en forme d'ode à la vie.
DU MERCREDI 3 AU MARDI 9 SEPTEMBRE


Jimmy's HallJIMMY’S HALL
Film anglais de Ken Loach avec Barry Ward, Simone Kirby. (2014-vostf- 1h46)
1932. Après un exil de 10 ans, Jimmy rentre au pays. Dans l'Irlande qu'il retrouve, il décide de rouvrir un foyer de jeunesse gratuit, ouvert à tous. Mais ses idées progressistes ne sont pas du goût de tout le monde.
Intelligent sans être élitiste, touchant sans être mélo, et brillamment interprété, "Jimmy's Hall" tire sa force de sa simplicité et de sa sobriété.
CINE LUNDI 8 SEPTEMBRE à 18h et 20h45


HippocrateHIPPOCRATE
Film français de Thomas Lilti avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Félix Moati, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt... (2013 - 1h42)
Benjamin va devenir un grand médecin, mais pour son premier stage, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie et les responsabilités écrasantes. Son initiation commence...
Entre drame et comédie, ce film parfois émouvant, parfois drôle, mais toujours touchant dépeint la vie d'une équipe dans un hôpital public...
DU MERCREDI 10 AU MARDI 16 SEPTEMBRE


Winter SleepWINTER SLEEP
Film turc de Nuri Bilge Ceylan avec Haluk Bilginer, Melisa Sözen, Demet Akbag... Palme d’Or au Festival de Cannes. (2014 - vostf - 3h16)
Aydin tient un petit hôtel en Anatolie centrale avec sa jeune épouse Nihal, dont il s’est éloigné sentimentalement, et sa sœur Necla. En hiver, à mesure que la neige recouvre la steppe, l’hôtel devient leur refuge mais aussi le théâtre de leurs déchirements...
Une œuvre profonde et grave, d'une intense beauté, servie par des comédiens impressionnants de justesse et de retenue. Palme d’Or à Cannes.
CINE LUNDI 15 SEPTEMBRE à 17h et 20h30


EnemyENEMY
Thriller canadien de Denis Villeneuve avec Mélanie Laurent, Jake Gyllenhaal, Sarah Gadon, Isabella Rossellini... (2013 - 1h31)
Adam, un professeur discret, découvre son sosie parfait en la personne d’Anthony, un acteur fantasque. Il ressent un trouble profond et se met à imaginer les plus stupéfiants scénarios pour lui et pour son propre couple.
Denis Villeneuve continue de prouver son immense talent avec ce thriller identitaire. Une expérience de cinéma hors du commun...
DU JEUDI 18 AU LUNDI 22 SEPTEMBRE


Le procès de Viviane AmsalemLE PROCES DE VIVIANE AMSALEM
Film isrélien de Shlomi Elkabetz, Ronit Elkabetz avec Ronit Elkabetz, Menashe Noy, Simon Abkarian... (2013 - vostf - 1h55)
Viviane demande le divorce depuis trois ans, et son mari, Elisha, le lui refuse. Sa froide obstination, sa détermination de lutter pour sa liberté, et le rôle ambigu des juges dessinent les contours d’une procédure où le tragique le dispute à l'absurde, où l'on juge de tout, sauf de la requête initiale.
Ce film, au rythme qui ne lâche jamais, vous met sous tension. Impossible de décrocher. il en dit long sur la "moderne" société israélienne, sur la liberté des femmes dans un monde régi par les hommes. Fascinant.
CINE LUNDI 22 SEPTEMBRE à 18h et 20h45


Le Beau MondeLE BEAU MONDEJulie Lopes-Curval, la réalisatrice (à gauche), aux côtés d'Ana Girardot, l'actrice principale du film « Le Beau monde ».
Film français de Julie Lopes Curval avec Ana Girardot, Bastien Bouillon, Aurélia Petit, Baptiste Lecaplain, Sergi Lopez... (2014 - 1h35)
Alice, 20 ans, vit en Normandie. Elle travaille la laine, confectionne des vêtements.  Alice laisse tout derrière elle pour aller vivre à Paris et intégrer une prestigieuse école d'arts appliqués. Elle rencontre Antoine, découvre de l'intérieur un monde qui la fascine, «le beau monde». Il lui offre sa culture, elle se donne à lui toute entière. Au risque de se perdre.
Justesse des personnages, subtilité du discours et beauté tranquille de l'image. Un très joli film, porté par deux excellents jeunes comédiens. Ce quatrième long métrage, récit d'initiation sociale et sentimentale, confirme les belles qualités de cinéaste de Julie Lopes Curval...
VENDREDI 26 SEPTEMBRE à 18h : RENCONTRE AVEC JULIE LOPES CURVAL, REALISATRICE DU FILM


Black CoalBLACK COAL
Policier chinois de Diao Yinan avec Liao Fan... (2014 - vostf - 1h46)
En 1999, l’inspecteur Zhang doit abandonner l’enquête sur un meurtre. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Zhang décide de reprendre l’enquête qui le rapprochera dangereusement de la mystérieuse jeune femme
Ce thriller captivant se déroulant dans une ville enneigée de la province chinoise de la Mandchourie se démarque par sa brillante réalisation...
CINE LUNDI 29 SEPTEMBRE à 18h et 20h45


La vieille dame indigneLA VIEILLE DAME INDIGNE
Film français de René Allio avec Sylvie, Victor Lanoux, Jean Bouise (1965 - version restaurée - 1h34)
A la mort de son mari, Madame Bertini décide de vivre pour elle-même malgré l'offre intéressée de deux de ses enfants qui désirent l'héberger. Sa nouvelle façon de vivre, choquante pour tous, surtout pour sa famille, lui permet de découvrir l'amitié libre et le vaste monde.
CINE CULTE JEUDI 2 OCTOBRE à 20h45


LeviathanLEVIATHAN
Film russe de Andrey Zvyagintsev avec Alexeï Serebriakov. (2014-vostf-2h21)
Kolia habite une petite ville au bord de la mer de Barents, en Russie. Vadim, le Maire de la ville, souhaite s’approprier le terrain de Kolia, sa maison et son garage. Mais Kolia ne peut supporter l’idée de perdre tout ce qu’il possède. Alors Vadim devient plus agressif...
Après «Le Retour» et «Elena», le cinéaste russe continue d'inscrire son cinéma dans la puissance et la tension permanentes avec Leviathan.
CINE LUNDI 6 OCTOBRE à 18h et 20h45


Mange tes morts - Tu ne diras pointMANGE TES MORTS
Film français de Jean-Charles Hue avec Jason François... (2013 - 1h34)
Jason, 18 ans, qui s’apprête à célébrer son baptême chrétien et ses
frères, appartenant à la communauté des gens du voyage partent en virée dans le monde des gadjos à la recherche d’une cargaison de cuivre.
Un choc culturel de taille sous forme de thriller moderne tourné avec des acteurs, issus de la communauté du voyage. Mémorts-ables!
CINE LUNDI 13 OCTOBRE à 18h et 20h45

 


 

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 08:36

Party GirlPARTY GIRL
Comédie dramatique de Marie Amachoukeli, Samuel Theis, Claire Burger avec Angélique Litzenburger, Joseph Bour, Mario Theis...(1h35)
Angélique a soixante ans. Elle aime encore la fête, elle aime encore les hommes. La nuit, pour gagner sa vie, elle les fait boire dans un cabaret à la frontière allemande. Avec le temps, les clients se font plus rares. Mais Michel, son habitué, est toujours amoureux d’elle. Un jour, il lui propose de l’épouser.

Party Girl : un portrait de femme en forme d'ode à la vie 

 Party Girl était reparti avec la Caméra d'or et le prix Un Certain regard au dernier Festival de Cannes. Un prix en forme de récompense d'un certain cinéma-vérité qui ne transige pas avec le réel en proposant un portrait de femme en forme d'ode à la vie.

 

Party GirlParty Girl, c'est le portrait d'une mère par son fils. Cette mère, c'est Angélique Litzenburger et ce fils, c'est Samuel Theis. Le portrait n'est pas conventionnel à l'image de celle qui en est au centre. Angélique est une femme de la nuit, qu'elle passe à séduire les hommes qui défilent dans un des nombreux cabarets installés à la frontière allemande, à danser aussi, à fumer, trop, à boire, trop. Pendant ce temps elle ne peut être mère des quatre enfants qu'elle a pourtant mis au monde et élevés, aimés à sa manière.

 

Party GirlSi Samuel Theis, son fils cadet (il a un frère plus âgé et deux soeurs plus jeunes), filme sa mère, ce n'est ni pour juger ses actes, ni l'absoudre de ces derniers et faire un portrait idéalisé de cette femme dont il semble follement amoureux, on le voit à la façon de poser sa caméra sur elle, mais simplement montrer et inscrire ainsi son film dans une logique de cinéma-vérité. Cette vérité qui n'est jamais donnée de but en blanc, qu'il faut aller chercher, qui n'est jamais non plus monolithique, mais protéiforme et insaisissable, à l'image du personnage d'Angélique. La femme est trop libre pour rester aux côtés de ses enfants qu'elle aime pourtant à la façon d'une mère, comme elle est trop insoumise pour laisser derrière elle sa vie nocturne et vivre au grand jour aux côtés d'un seul homme qui lui offre le mariage comme la seule issue possible. Mais la liberté, Angélique la trouve dans les bras et les regards de plusieurs hommes.

 

Party GirlAssocié à Marie Amachoukeli et Claire Burger, Samuel Theis, en plus de tracer un portrait en creux de cette mère, avec qui il possède un lien indestructible, même alors qu'il en est éloigné géographiquement, explore l'impossibilité humaine de se séparer de ses mécanismes. Même l'autre, même l'amour, même l'obligation, n'y changeront rien, Angélique restera cette party girl, puisqu'elle l'a toujours été, puisque traîner dans les rues, danser dans les bars dès l'aube, a toujours été sa façon de fonctionner et s'est instauré en système inébranlable. Tout comme ce besoin de se voir dans les yeux de l'autre, de s'y trouver constamment et ainsi être sûr de son existence. Pas de fin heureuse pour les réalisateurs, mais seulement une célébration de la femme à travers la figure d'Angélique, en même temps qu'une ode à la vie, loin de celle du commun des mortels loin de celle que l'on imagine pour sa mère, mais une vie bien encrée dans le réel et dans la joie. On quitte Angélique fidèle à ce qu'elle est, en posant sur elle le même regard que celui de son fils, tendre, aimant, en même temps que rempli de milliers de regrets et de cette tristesse qui ne quittera jamais les beaux yeux bleus d'Angélique.

 

Par Camille Esnault

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 08:00

Jersey Boys

JERSEY BOYS

Comédie, biopic musical Clint Eastwood avec Christopher Walken, John Lloyd Young, Vincent Piazza... (vostf - 2h14)

Quatre garçons du New Jersey, issus d'un milieu modeste, montent le groupe «The Four Seasons» qui deviendra mythique dans les années 60. Leurs épreuves et leurs triomphes sont ponctués par les tubes emblématiques de toute une génération qui sont repris aujourd'hui par les fans de la comédie musicale…

Jersey Boys : le feel-good movie de Clint Eastwood

Avec Jersey Boys, Clint Eastwood livre un grand film guidé par les tubes entrainants d'un groupe emblématique interprété par un quatuor d'acteurs brillants.

 

Jersey Boys - Vincent Piazza, Erich Bergen, John Lloyd Young, Michael LomendaIssus d'un milieu modeste, quatre garçons du New Jersey monte le groupe The Four Seasons. Succès, désillusions, le groupe connaitra des hauts et des bas mais deviendra mythique dans les années 60.

 

Jersey Boys - Vincent Piazza, Erich Bergen, John Lloyd Young, Michael LomendaClint Eastwood revient en adaptant la comédie musicale Jersey Boys, qui a connu un énorme succès à Broadway. Difficile exercice que d'adapter un spectacle live au cinéma, mais le réalisateur s'en sort très bien et nous offre un merveilleux film révélant des acteurs formidables. Il ne voulait d'ailleurs pas d'acteurs hollywoodiens pour ce film, mais des comédiens issus de la comédie musicale. John Lloyd Young, Vincent Piazza, Erich Bergen et Michael Lomenda livrent chacun une brillante performance et à défaut de pouvoir les voir sur scènes, on espère les revoir rapidement à l'écran. De même les personnages secondaires sont tout aussi géniaux dans leur rôle, Christopher Walken en tête.

 

Jersey Boys - John Lloyd YoungLe film met un peu de temps à démarrer, mais une fois lancé on est captivé par l'histoire de ces personnages qui nous embarque dans leur aventure en s'adressant parfois directement à nous à travers la caméra. On rit face à des répliques très bien écrites, on est ému à plusieurs reprises par ces protagonistes à qui on s'attache rapidement et on suit avec attention toute leur carrière.

 

Si le film est adapté d'une comédie musicale, il n'en est néanmoins pas une et les entrainantes chansons du groupe s'enchainent modérément à travers enregistrements studios, concerts et émissions télévisées. La bande originale est tout bonnement parfaite et on hoche la tête ou tape du pied à chaque nouveau tube de The Four Seasons, jusqu'au splendide final digne de Brodway où l'on s'attendrait presque à les voir sortir de l'écran et effectuer leurs chorégraphies en chantant ici même, sous nos yeux.

 

Jersey Boys est un film qui met de bonne humeur et qui devrait plaire au plus grand nombre, amateurs de comédies musicales ou non.

 

Par Hélène Amouzou

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 08:20

Les Combattants

LES COMBATTANTS

(1h38) Comédie dramatique, romance de Thomas Cailley avec Adèle Haenel, Kevin Azaïs

Entre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d'Arnaud s’annonce tranquille…Tranquille jusqu'à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien; elle se prépare au pire. Il se laisse porter, se marre souvent. Elle se bat, court, nage, s’affûte. Jusqu'où la suivre alors qu'elle ne lui a rien demandé? C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux.

Les Combattants : le danger de l'amour 

 Thomas Cailley a présenté son premier long métrage à la Quinzaine des réalisateurs. Il y parle des nouveaux Combattants, cette jeunesse d’aujourd’hui qui refuse de se laisser avoir par un avenir pas toujours souriant, pas sans combattre, ni en rire à gorge déployée, en tout cas.

 

Les Combattants - Adèle Haenel, Kevin AzaïsThomas Cailley, avec ses Combattants, souffle un vent de fraîcheur sur la quinzaine cannoise et s’installe directement dans la liste des réalisateurs à suivre. Dans la pure tradition des nouveaux arrivés sur la scène cinématographique, tels que Céline Sciamma, Katell Quillévéré ou encore Maïwenn, le réalisateur explore les questionnements adolescents, cet âge si délicat, qui oblige à quitter l’enfance et affronter la réalité du monde adulte bien plus rêche que la fiction enfantine. Affrontement est le mot juste puisque le réalisateur envisage l’existence comme un combat permanent auquel chacun se prépare à sa façon. Le personnage de Madeleine puisera sa force dans l’attaque, jamais au repos, elle n’aura de cesse de repoussera ses limites dans des jeux de survie à la fois absurde et pourtant tellement essentiels. Arnaud lui choisira les sentiments, la douceur de vivre pour contrer ces attaques violentes qui l’assaillent, débutant le film déjà KO par l’obligation de faire le deuil de son père.

 

Les Combattants - Adèle Haenel, Kevin AzaïsMais de ce combat on ne peut ressortir gagnant que si l’on est deux. L’union fait la force et c’est ce que le réalisateur met en exergue ici à travers la rencontre de deux êtres un peu malmenés par la vie. C’est en se nourrissant l’un de l’autre, Madeleine de la douceur d’Arnaud et lui de sa persévérance, qu’ils trouveront l’équilibre indispensable à leur subsistence dans un monde qui n’accepte pas toujours ceux qui marchent de travers. Thomas Cailley montre alors que si ce dernier, de monde, n’ouvre pas facilement la voie à sa jeunesse, cette dernière ne compte pas se laisser faire et elle-même chercher ce qu’elle mérite. En même temps que ce pied de nez à la situation de crise de la société actuelle, le cinéaste s’amuse avec les codes du genre de la romance amoureuse, ainsi que ceux qui régissent les archétypes du féminin et du masculin. Une impertinence menée avec humour, toujours.

 

Par Camille Esnault

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 08:32

Léa Drucker et Mathieu Amalric dans le film français de Mathieu Amalric, "La Chambre bleue", sorti en salles vendredi 16 mai 2014.

« La Chambre bleue » : Amalric adapte Simenon...

 

Ils ne sont pas nombreux, les cinéastes qui ont su non seulement réussir une adaptation littéraire, mais, mieux encore, retrouver la quintessence de l'œuvre adaptée, son parfum, sa musique, sa poésie. Subrepticement, au moyen de ce qu'on qualifierait volontiers de petit film, s'il n'était de grand talent, Mathieu Amalric vient d'entrer dans la catégorie de ces créateurs qui savent allier littérature et cinéma. Gageure d'autant moins évidente qu'il s'attaquait à l'un des écrivains les plus adaptés qui soit, au cinéma comme à la télévision : Georges Simenon.

N'étaient-ce les prénoms et les professions des protagonistes, l'intrigue du film correspond presque mot pour mot à celle du roman. Dans la « chambre bleue » d'un hôtel de province, Julien Gahyde et Esther Despierre, qui s'étaient perdus de vue depuis leur enfance, s'aiment en secret. Enfin presque : un jour, il s'en faudra de peu pour que le mari d'Esther ne les surprenne. Julien, un concessionnaire de machines agricoles, prend peur et décide d'emmener sa femme et sa petite fille en vacances aux Sables- d'Olonne. Mais il n'est pas si facile d'échapper aux mystères de l'attraction entre deux corps. D'autant plus que, quelque temps plus tard, Nicolas, le mari d'Esther, qui est de santé fragile, sera retrouvé mort dans des conditions mystérieuses. Et que l'épouse trompée, elle non plus, n'en réchappera pas…

Tourné en format 1,33 – magnifique travail du chef opérateur Christophe Beaucarne –, La Chambre bleue est un polar qu'on placerait volontiers au point de jonction d'Alfred Hitchcock et de François Truffaut. Comme le réalisateur du Procès Paradine (1947), Amalric tourne des scènes d'amour comme des scènes de meurtre. Et, comme le réalisateur de La Femme d'à côté (1981), il ancre magnifiquement son histoire dans une certaine forme de réalisme très français.

Stéphanie Cléau et Mathieu Amalric dans le film français de Mathieu Amalric, "La Chambre bleue".

L'exercice est d'autant plus osé qu'Amalric, dont c'est le cinquième long-métrage – il était déjà venu à Cannes pour La Chose publique (2003) et Tournée (2010) –, non content de réaliser ce petit chef-d'œuvre de série B (il ne dure qu'une heure et quart), en est également l'interprète principal. Quant à Esther, sa maîtresse, belle et vénéneuse, elle est (remarquablement) interprétée par Stéphanie Cléau, qui n'est autre que la compagne du cinéaste-acteur-scénariste dans la vraie vie… Et, puisqu'on en est à parler des acteurs, évoquons d'un mot les performances de Léa Drucker, impeccable en épouse docile et réservée, et Laurent Poitrenaux, très crédible en juge d'instruction fasciné par les ressorts inouïs d'une passion amoureuse.

Mais le plus beau, le plus original aussi, est sans doute ailleurs, dans des plans, le plus souvent fixes, d'une grande originalité, qui scandent le film en de splendides clairs-obscurs. Ici, une tache de sang sur un drap, filmée comme une nature morte ; là, la cicatrice encore sanglante d'une morsure ; plus tard, le sexe d'Esther, un gros plan qui fait irrésistiblement penser à L'Origine du monde, de Courbet.

Devant Julien, la vie s'ouvre comme un gouffre vertigineux et délicieux. Elle le mènera jusqu'à la cour d'assise, prétexte à quelques scènes tout ce qu'il y a de plus « simenoniennes ». Comme John Huston dans son adaptation des Gens de Dublin, de James Joyce (1 987), Amalric n'hésite pas à s'emparer, au mot près, des dialogues de Simenon pour rendre compte de cette attirance des contraires ; de cette impossible fusion entre le chaud et le froid.

Stéphanie Cléau dans le film français de Mathieu Amalric, "La Chambre bleue".

Comme un animal aveuglé par les phares d'une voiture, Julien ne peut que se soumettre à la passion de sa maîtresse. C'est elle qui parle en premier :

« C'est vrai que tu pourrais passer toute ta vie avec moi ?
– Bien sûr…
– Si sûr que ça ? Tu n'aurais pas un peu peur ?
– Peur de quoi ?
– Tu imagines ce que seraient nos journées ?
– On finirait par s'habituer.
– A quoi ?
– A nous deux. »

Couchés sur le lit de la « chambre bleue », les deux amants viennent de sceller leurs destins. Adieu l'épouse parfaite, la charmante petite fille, la grande maison, le boulot envié. Julien – Amalric explique l'avoir appelé ainsi en souvenir du héros du Rouge et le Noir – n'aura même pas à répondre à la question du début du film : « Je t'ai fait mal ? » Il a succombé, tout simplement, incapable de déjouer le piège que lui tendait son propre destin.

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 07:25

Maps to the starsMAPS TO THE STAR
Film canadien de David Cronenberg avec John Cusack, Julianne Moore (Prix d'interprétation à Cannes, Robert Pattinson, Carrie Fisher... Interdit aux moins de 12 ans. Selection officielle au Festival de Cannes (2013 - vostf - 1h51)
Hollywood, ton univers impitoyable. David Cronenberg s'intéresse aux rêves de gloire et aux névroses de la dynastie Stafford : Un père analyste, une mère qui gère la carrière d'un enfant star de 13 ans tout juste sortie d'une désintox de quatre ans. Une grande fille pyromane récemment libérée d'un sanatorium, qui se lie d'amitié avec un aspirant acteur. Et une cliente du père, actrice elle aussi, hantée par sa mère, star des années 60. Une famille on ne peut plus formidable, en somme.

Maps to the stars : le théâtre de cruauté de David Cronenberg  

 David Cronenberg présente Maps to the stars, son nouveau pamphlet acide et cruel. Cette fois c'est Hollywood qui sert d'arrière plan, mais c'est bien l'histoire du monde qu'il raconte, un monde désabusé et qui court à sa perte, mais devant lequel on rit énormément.

 

Maps to the starsComme on attendait le nouveau film de Mr Cronenberg, qui nous avait délicieusement dérouté avec son Cosmopolis, satyre acide sur l’univers boursier. Univers que l’on ne quitte pas vraiment avec Maps to the stars, qui débute dans une voiture, comme Cosmopolis se clôturait, et qui y voit évoluer aussi les mêmes personnages désespérés, errant sans but, à part celui du bonheur, seule chose qu’ils ne peuvent posséder, dans une même humanité désabusée par l’argent et le pouvoir. Wall street devient Hollywood mais rien n’a changé, les valeurs y sont les mêmes, la morale et la vertu y est toujours absente et les êtres deviennent de simples caricatures d’eux-mêmes, condamnés à la folie et à la mort.

 

Maps to the stars - Mia WasikowskaCette mort qui traverse tout le long-métrage, comme une punition céleste inévitable qui s’abat sur le microcosme hollywoodien, qui se regarde lui-même, produit les mêmes films, emploie les mêmes acteurs, les mêmes réalisateurs, jusqu’à en devenir incestueux. La gloire et sa recherche constante par les personnages, comme un moyen de reconnaissance, n’est que destructrice et ne fait qu’attirer les fantômes du passé sur la colline condamnée elle-même à disparaître. C’est en tout cas le constat du réalisateur qui peint un Hollywood qui ne parvient plus à se renouveler, dans lequel même les enfants, ceux par qui l’espoir de renaissance devrait arriver, tuent et meurent.

 

Maps to the starsLa fin ne peut être que tragique dans cet ensemble dénué de tout espoir, le sang et la violence ne tardent pas à arriver eux aussi, comme seule issue possible à cette fable cruelle que nous conte Cronenberg. Le réalisateur est passé maître dans le domaine, et s’il ne nous étonne pas complètement, il parvient encore à nous séduire par son œil acide et ironique toujours. Avec Maps to stars il regarde une nouvelle fois le monde comme un théâtre de cruauté, dans lequel l’accès au bonheur est impossible, mais où le rire, est définitivement inévitable.

 

Par Camille Esnault

 

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 08:28

My Sweet PepperlandMY SWEET PEPPER LAND
Film allemand, irakien de Hiner Saleem avec Arslan Korkmaz, Golshifteh Farahani, Suat Usta... (2013 - vost - 1h40)
Au carrefour de l’Iran, l’Irak et la Turquie, dans un village perdu, lieu de tous les trafics, Baran, officier de police fraîchement débarqué, va tenter de faire respecter la loi. Cet ancien combattant de l’indépen dance kurde devra lutter contre Aziz Aga, caïd local. Il sera aidé par Govend, l’institutrice du village, jeune femme aussi belle qu’insoumise.

My Sweet Pepperland : John Wayne au Kurdistan

My Sweet Pepperland Hiner Saleem revisite le genre du western dans un Kurdistan voisin de Hollywood. Golshifteh Farahani se mue en héroïne libre et fragile et Korkmaz Aslan en John Wayne déterminé et toujours juste. Une vraie bonne surprise qui brise les tabous sans en avoir l’air.

 

My Sweet Pepperland, c’est un peu le Rio Bravo kurde, Korkmaz Aslan se met dans la peau du shérif fraîchement arrivé en ville avec la bonne intention de ne pas se laisser se dicter la loi par les groupuscules violents qui règnent sur le village. Tous les éléments du western sont alors réunis : des coups de feu qui fusent, des affrontements virils, une conquête de l’ouest et une belle damoiselle à sauver. Le Kurdistan, où se déroule l’action, se prête parfaitement au genre, pays fraîchement libéré de la domination de Saddam Hussein, la conquête de l’ouest américaine y trouve son parfait terrain au milieu de ce désert rocailleux, de coutumes conservatrices et d’aventuriers à la recherche du pouvoir et de la liberté. Ce petit truc en plus c’est l’incursion du burlesque dans l’ensemble, qui dès la première scène, mettant en scène une pendaison bien laborieuse, donne le ton de l’ensemble. Parfois léger, parfois comique pour supporter un propos bien plus lourd et engagé.

 

My Sweet PepperlandEn face de Baran, l’ancien combattant de la liberté recyclé en représentant de la loi, il y a Govend, une jeune institutrice, célibataire et loin de ses 7 frères et de son père. Victime d’une misogynie érigée en système, c’est au péril de sa vie qu’elle viendra porter l’éducation nécessaire aux enfants du village. Chassée, menacée, maltraitée, par tous les hommes qui l’entourent, c’est par elle que le réalisateur organisera sa réflexion portant sur l’importance de l’éducation dans l’évolution des mentalités, dont les femmes sont les premières victimes. Ce femmes à qui Hiner Saleem donnera le premier rôle, en les mettant en scène ni mariées, ni soumises à l’autorité d’aucun homme, mais libres de penser et d’agir, les faisant même guerrières pour la liberté, en leur mettant des armes entre les mains.

 

La place est prête pour que l’histoire d’amour entre la courageuse institutrice et le beau shérif, dont la douceur s’oppose à la violence de tous les autres personnages masculins, se développe le plus naturellement possible. Moins traditionnel est le traitement de cette idylle dans un film parlant de la culture musulmane. Les deux héros de ce western moderne allant jusqu’à concrétiser sexuellement leur attirance. Une vraie bouffée d’air frais que ce Pepperland kurde qui n’a pas peur de franchir les barrières et le tout avec une touche d’auto-dérision, que demander de plus ?

 

Par Camille Esnault

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 08:36

D'une vie à l'autreD’UNE VIE A L’AUTRE
Film allemand de Georg Mass avec J. Köhler, Liv Ullmann. (2014 - vostf- 1h37)
Europe 1990, le mur de Berlin est tombé.
Katrine a grandi en Allemagne de l’Est, et vit en Norvège depuis 20 ans. Elle est le fruit d’une relation entre une norvégienne et un soldat allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale. A sa naissance, elle a été placée dans un orphelinat réservé aux enfants aryens. Elle parvient à s’échapper de la RDA des années plus tard pour rejoindre sa mère. Mais, quand un avocat lui demande de témoigner dans un procès contre l’Etat norvégien au nom de ces «enfants de la honte», curieusement, elle refuse. Progressivement de lourds secrets refont surface…


L’Allemand Georg Maas ressuscite les heures noires de la Stasi à travers un thriller mettant en scène le destin trouble d’une enfant de Lebensborn. Interview.

"D’une vie à l’autre", le second long-métrage de fiction de Georg Maas, fait le grand écart entre drame familial et film d’espionnage Est-Ouest. Il revient sur une page d’histoire peu connue de la Norvège, lorsque, sous la pression de Himmler, le pays accepta de déporter en Allemagne, dans les tristement célèbres Lebensborn, des enfants nés des amours de femmes norvégiennes avec des soldats allemands durant l’Occupation. Le réalisateur y retrace la trajectoire d’une de ces enfants de la honte, en réalité une espionne de la Stasi, envoyée en Norvège pour y récolter des renseignements et condamnée à bâtir sa nouvelle existence sur un mensonge. Scénario malin, interprétation formidable de Liv Ullmann et de Juliane Köhler, le film a représenté l’Allemagne aux derniers Oscars.

Pourquoi avoir souhaité aborder cette période de l’histoire norvégienne ?
Georg Maas. J’en ignorais tout jusqu’à ce que je découvre, il y a une dizaine d’années, le roman de Hannelore Hippe, dont le film est inspiré. Et, pour être honnête, j’ai d’abord été séduit par la complexité du personnage féminin, contraint de voler l’identité d’une autre et qui doit ensuite assumer ce mensonge en trompant ceux avec qui elle a choisi de construire sa vie. L’identité est un thème qui m’est cher, elle était déjà au cœur de "NewFoundLand", mon premier long de fiction. Hannelore Hippe avait mené une enquête remarquable sur les Lebensborn en Norvège et leurs petites victimes, en particulier sur cette jeune fille dont l’héroïne usurpe l’identité. Elle s’est aussi intéressée de près aux actions en justice intentées par ces enfants contre l’Etat norvégien. J’ai moi-même entrepris des recherches sur ces centres et j’ai dû apprendre le norvégien pour cela. Là-bas, les gens se montrent peu diserts sur ce chapitre de leur histoire.

Avez-vous rencontré certains de ces enfants ?
Oui. Ils ont aujourd’hui entre 65 et 70 ans et souffrent beaucoup d’entendre dire qu’ils ont été conçus dans un but de reproduction. C’est faux et très humiliant pour eux : les nazis souhaitaient les garder parce qu’ils considéraient qu’ils étaient de parfaits Aryens mais la plupart d’entre eux sont nés d’une vraie relation d’amour.

Liv Ullmann dans le film allemand et norvégien de Georg Maas, « D'une vie à l'autre ». La Stasi a-t-elle réellement infiltré des familles norvégiennes en renvoyant des enfants élevés dans les Lebensborn ?
Elle aurait aimé le faire à une grande échelle mais n’y est pas parvenue. Le marché était le suivant : "On vous aide à retrouver votre famille maternelle. En échange de quoi, vous nous fournissez des renseignements." La Stasi a finalement préféré envoyer ses agents en leur faisant emprunter les patronymes de Norvégiens. Les frontières de la RDA étant rigoureusement hermétiques, le risque était nul.
Liv Ullmann, qui incarne la mère de l’héroïne, et à laquelle vous avez consacré un documentaire diffusé sur Arte – "Liv Ullmann en plans rapprochés" –, n’avait quasiment plus tourné depuis onze ans et "Sarabande", d’Ingmar Bergman.
L’histoire la touchait de près. Liv est de nationalité norvégienne – ce qu’on sait peu. Je pensais que tourner un documentaire sur elle, et la regarder travailler comme réalisatrice, m’aiderait à la diriger. Pour des raisons d’emploi du temps, j’ai dû tourner mon film avant. Il a fallu me résoudre à me jeter dans l’aventure sans filet.

Parlez-nous de Juliane Köhler…
C’est une femme exigeante qui ne s’engage pas à la légère sur les projets ; actuellement l’une des meilleures actrices allemandes ! Elle tourne peu. Elle a joué dans "la Chute", d’Oliver Hirschbiegel. L’année précédente, "Nowhere in Africa", de Caroline Link, avait remporté l’oscar du meilleur film étranger.

Est-il vrai que vous avez été charpentier avant de devenir cinéaste ?
Oui. A 14 ans, j’avais décidé d’être écrivain sans dépendre financièrement de l’écriture, et je désirais aussi travailler de mes mains. Le travail manuel aide à penser différemment.

Comment êtes-vous passé à la réalisation ?
Le hasard. Je me préparais à étudier l’ethnologie, toujours dans le but d’écrire, quand j’ai découvert l’existence d’une école de cinéma dans la même université. On demandait aux candidats de rédiger une histoire, à la façon d’une BD, ainsi qu’une critique, je me suis lancé. Je n’étais pas très cinéphile à cette époque, j’aimais Stanley Kubrick, Nicolas Roeg, et j’avais une passion pour "l’Argent", de Robert Bresson. Innocemment, j’étais convaincu que, pour réaliser un film aussi moderne, il ne devait pas avoir plus de 25 ans. J’ai découvert qu’il en avait 82.

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 09:23

RealREAL
Film de science-fiction, romantique de Kiyoshi Kurosawa avec Takeru Sato, Haruka Ayase, Odagiri Joe... (2012 - vostf - 2h07)
Atsumi, talentueuse dessinatrice de mangas, se retrouve plongée dans le coma après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Son petit-ami Koichi ne comprend pas cet acte insensé. Afin de la ramener dans le réel, il rejoint un programme novateur permettant de pénétrer dans l'inconscient de sa compagne. Mais le système l'envoie-t-il vraiment là où il croit ?
Kiyoshi Kurosawa nous invite à un voyage virtuose au plus profond de l’inconscient, où rêve et réalité, poésie et science-fiction se confondent.


Kiyoshi Kurosawa, réalisateur de “Real” : “Je veux dévoiler ce qu'il y a derrière le visible”

“Real”, mêle romantisme et science-fiction et comme toujours avec le réalisateur japonais, une grande dose de surnaturel… de la plus naturelle des façons.

Des morts qui cheminent à travers Internet pour pousser les adolescents au suicide (Kaïro). Un arbre magique qui prospère en faisant pourrir la végération qui l'entoure (Charisma). Un homme traqué par son propre double (Doppelganger). Kiyoshi Kurosawa est un maître du fantastique à l'écran. Y compris quand ses réalisations, telle la superbe série télé Shokuzai, empruntent les voies plus réalistes du polar. Entretien à Paris avec le réalisateur, à l'occasion de la sortie en salles, mercredi 26 mars, de son nouveau film, Real, une science-fiction romantique où un jeune homme parvient, grâce à une machine, à pénétrer les pensées et l'inconscient de sa compagne dans le coma.

Kiyoshi Kurosawa sur le tournage de Kaïro. © DRPourquoi le surnaturel tient-il une place aussi importante dans votre œuvre?
Je suis un grand amateur de cinéma fantastique. Et le cinéma est, par essence, une forme de fantastique. Le cadre correspond au monde visible. Dès que l'on sort du cadre, il y a le fameux hors champ dans lequel on ne sait jamais ce qui peut se passer : quelque chose est peut-être tapi dans l'ombre, pour surgir à tout instant à l'intérieur de l'image. Le montage peut, lui aussi, être vecteur de fantastique, par le simple passage d'un plan à l'autre. Vous êtes à un instant T et, le plan d'après, vous pouvez avoir changé de lieu, changé d'époque. C'est la dimension magique du cinéma, qui stimule l'imagination du spectateur. Au début d'un film, vous vivez toujours ce moment d'appréhension et d'impatience, parce que vous ne savez jamais ce qui peut arriver dans la minute suivante. Cette tension sous-jacente, fait que peut-être plus naturellement que si je pratiquais d'autres formes d'art, j'ai tendance à intégrer des éléments de fantastique.

Même quand le fond est très réaliste, comme dans Tokyo Sonata ?
Je n'ai pas pour objectif de tirer le récit vers le fantastique à chaque film. Mais il est vrai que, si je me sens évidemment concerné par la crise économique ou les catastrophes écologiques, je ne saurais pas, comme d'autres réalisateurs les filmer tels quels, de manière frontale. En tant que spectateur, je reste toujours sur ma faim quand un film ne traite qu'un seul aspect de la réalité. Ce qui m'intéresse, c'est de savoir ce qui va se passer ensuite, et, surtout, derrière les apparences. J'ai toujours l'impression qu'il y a autre chose derrière le visible, c'est ce qui m'intéresse en tant que spectateur, et que je veux dévoiler en tant que réalisateur. Le cinéma permet d'explorer cette zone un peu en dehors de la réalité.

Votre manière de créer une atmosphère fantastique et de créer la peur par le hors-champ rappelle les films de Jacques Tourneur.
J'aime beaucoup l'œuvre Jacques Tourneur, et plus particulièrement La Féline. Il y a toujours dans ses films ce jeu d'ombres et de lumières qui fait se demander ce qui est en dehors du champ. J'ai toujours été impressionné par cette menace qui plane, ces ombres qui apparaissent ou disparaissent. D'une manière générale, je suis très sensible aux cinéastes qui travaillent sur le hors champ : Bresson, Mizoguchi hier, Jia Zhang-ke aujourd'hui. Et bien, sûr, celui qui est à l'origine de tout ça : Louis Lumière. Dans La sortie des Usines Lumière à Lyon, l'un des tous premiers films de l'histoire du cinéma, tourné en 1895, le portail s'ouvre et les ouvriers sortent du travail. Mais il n'y a pas qu'eux : un chien traverse le champ avant de disparaître, d'autres figures réintègrent le cadre de manière impromptue. En quarante-cinq secondes, tout est dit en matière de champ et de hors-champ.

Pourquoi vos films sont-ils autant hantés par les fantômes ?
Je suis un grand admirateur de la tradition japonaise des films d'horreur, les kaidan, qui mettent en scène des apparitions effrayantes, ces femmes-spectres aux longs cheveux noirs que l'on retrouve notamment dans Ring, de Hideo Nakata. Et la figure du fantôme permet de matérialiser une des choses les plus difficilement représentables au cinéma : la mort. On peut bien sûr, filmer les cadavres, ou, grâce au flashback, exprimer une période où le protagoniste était encore en vie. Mais faire apparaître la mort à l'instant présent, c'est quelque chose d'extrêmement compliqué. Le fantôme permet l'incursion du passé ou du souvenir au présent. C'est un moyen très commode pour décrire le lien entre un personnage vivant et un autre disparu – surtout quand la mort a intensifié leur relation.

Vous aimez pratiquer le mélange des genres dans vos histoires. Dans Real, on trouve de la science-fiction, du mélo, mais aussi du film de monstres...
J'ai toujours aimé associer différents genres cinématographiques dans un seul récit. Toutefois, mon rêve aujourd'hui serait plutôt de faire « un film, un genre ». Et d'avoir la chance de pouvoir aborder au moins une fois chaque genre existant avant la fin de ma carrière !
J'ai toujours eu envie de faire apparaître un monstre ou une créature géante dans mes films. Il a fallu que j'attende Real pour y arriver. Dans le roman originel, le dinosaure n'apparaît que de manière symbolique, sous la forme d'une petite figurine, il n'a pas de séquences à lui comme dans le film. Il a fallu que je négocie durement avec mes producteurs qui ne voulaient pas en entendre parler. Désormais, j'aimerais bien pouvoir réaliser un vrai film de monstres, type Godzilla.

En savoir plus sur http://www.telerama.fr/cinema/le-fantastique-selon-kiyoshi-kurosawa,110386.php#JJjXkoo1Gms8OVpF.99

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