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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 06:53

Téhéran

 

TEHERAN

Film iranien de Nader Takmil Homayoun. (2009 - vostf - 1h38)

 


Ebrahim quitte sa famille et va tenter sa chance à Téhéran. Mais dans cette jungle urbaine où tout se vend, tout s'achète, le rêve peut rapidement virer au cauchemar. Mêlé malgré lui à des trafics mafieux, Ebrahim a-t-il encore une chance de s'en sortir ?

La critique [evene] par Alexandre Prouvèze
Dès les premières minutes, ‘Téhéran’ étonne par la diversité de ses registres. A la fois documentaire et polar, comédie sociale et tragédie mafieuse, le film s’affirme sans cesse comme une splendide ode à la capitale iranienne, grouillante et déréglée.

L’histoire suit un trio de déclassés (tendance Pieds Nickelés), mené par Ebrahim (Ali Ebdali, nerveux et convaincant), à travers les trafics d’une corruption généralisée – qu’il s’agisse d’enfants, de drogue ou de prostitution. Heureusement, l’atmosphère épaisse ne sombre jamais dans le misérabilisme.

Car la pulsation folle de la ville, son humour désespéré, son désir de vivre en dépit de la violence omniprésente du pouvoir, instaurent un ton juste, tendu et menaçant sans jamais être glauque. D’autant que l’intrigue joue de rebondissements plutôt bien menés (dont on laissera la surprise), qui permettent à Nader T. Homayoun de saisir ensemble ces multiples dimensions d’une métropole au bord de l’implosion, écartelée entre hypocrisie religieuse et instabilité sociale. Ancien élève de Jean Rouch, le jeune cinéaste signe ici un premier film original et puissant, à l’équilibre maîtrisé entre réel et fiction. Sa réalisation, franchement risquée (tournage en décors naturels et sans autorisation) prend aux tripes par son réalisme palpable et le rythme intelligent de son montage.

La densité du Kiarostami de ‘Ten’ est même parfois sensible, sans que l’influence en soit lourde. Si bien que ‘Téhéran’ apparaît finalement comme une sorte de ‘Mean Streets’ (Scorsese, 1973) oriental, où la violence contemporaine et la perversité le disputent à la beauté des femmes et la liberté fragile qu’un peuple se construit au jour le jour. Au fond, sous ses allures de polar, un film d’auteur éminemment politique. Dont l’intensité et l’urgence impriment durablement l’esprit du spectateur.

our un coup d’essai, c’est remarquable.

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