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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 19:09

Quand un géant du septième art croise la route de belles carrosseries en Sologne

 

Claude Lelouch a répondu favorablement à l'invitation du CVL Palace de Romorantin qui projetait le documentaire "D'un film à l'autre". Quelques heures avant la rencontre prévue avec le public dans une salle obscure, le musée automobile Matra a offert au cinéaste une visite guidée.

 

Le déplacement de Claude Lelouch était initialement prévu le 17 octobre mais des obligations professionnelles avaient contraint l'intéressé à reporter sa venue huit jours plus tard. Le jour J, le 25 octobre, c'est la pluie qui a failli cette fois transformer le rendez-vous en occasion manquée. "Nous avons dû courir," confirme Francis Fourneau, directeur du CVL Palace de Romorantin et du Ciné Lumière à Vierzon. "Il tombait des trombes d'eau à Paris, nous avons failli manquer le train. À trois minutes près, c'était raté." Plus de peur que de mal, au final : Claude Lelouch, attendu à Romorantin vers 17 heures, a pu fouler le sol solognot une heure plus tard, et se diriger vers le numéro 17 de la rue des Capucins. L'Espace automobiles Matra a en effet ouvert les portes à cet invité de marque, non seulement parce que Claude Lelouch est un passionné de voitures mais aussi parce que celui-ci a utilisé les caméras Beaulieu, autrefois produites là où se trouve actuellement le musée romorantinais. "Je suis venu ici en 1967 ou 1968," se souvient le cinéaste âgé de 74 ans. "J'ai essayé une R 16 avec mon ami François Reichenbach; j'en avais besoin pour réaliser des repérages. Cette caméra, légère et portable, était moderne pour l'époque, révolutionnaire. Je ne m'en sers plus désormais; elle fait cependant toujours partie de ma collection. Vous savez, la caméra est le premier acteur qu'il faut diriger, un acteur invisible, celui qui est sur tous les plans. Et la technologie n'en est qu'à ses débuts. Peut-être que bientôt, les caméras seront dans nos lunettes, qui sait." Pendant une bonne heure, Claude Lelouch a ainsi pu découvrir les bolides et prototypes exposés dans le musée, avec enthousiasme, sourire aux lèvres, touchant une carrosserie  par-ci, une autre par-là, tout en posant des questions au directeur des lieux, Dany Chamfrault, après avoir longuement admiré les caméras disposées dans une vitrine à l'entrée. "Une 2 CV ! Ce fut ma première voiture, comme beaucoup de monde. Une Charleston là… C'est un chef d'œuvre !" À la fin de la visite, en haut des escaliers, le professionnel du cinéma était visiblement ravi. "Il est vraiment très joli ce musée. J'ai vu une collection de bagnoles extraordinaire. Comptez sur moi pour en parler."

 

Une biographie sur pellicule

 

À 20 h 30, Claude Lelouch a pris le chemin du CVL Palace, rue de la Résistance. Des spectateurs, nombreux, l'attendaient de pied ferme; certains s'étaient même postés devant la porte de la salle 1, un stylo dans une main, un appareil photo dans une autre, histoire de ne pas louper leur idole. "Cela n'arrive pas tous les jours," entendait-on dans les rangs. "Tu crois qu'il va rester longtemps? Quel âge il a au fait ? Il est là ? Ah non, pas encore mais vous le reconnaîtrez à coup sûr, il n'a pas changé." L'entrée du réalisateur dans la pièce a mis fin aux murmures et bavardages, laissant place au silence et à l'admiration. "Je vis une formidable d'amour avec le cinéma, je ne me suis jamais lassé," a confié un Claude Lelouch très simple. "J'ai eu la chance de tourner 44 films qui pour moi sont des miracles." C'est ce que relate le documentaire intitulé "D'un film à l'autre", sorti dans les salles en avril dernier. Après une scène d'ouverture avec un Claude Lelouch au volant de sa voiture en 1976, lancée à toute vitesse dans les rues de Paris sans trucage ni accéléré, le parcours de celui-ci est résumé en 1 h 44. La rencontre de ses parents dans un cinéma, son enfance et adolescence, ses débuts, ses joies et déceptions, sa vie personnelle… En bref, une biographie sur grand écran réalisée et narrée par Claude Lelouch lui-même. Qui mieux que soi pour parler de soi ? L'ensemble est toutefois sans prétention aucune. Pas de narcissisme exacerbé ni de mégalomanie. Les nostalgiques apprécieront de revoir certains séquences et extraits mythiques ("Un homme et une femme", "Le voyou", "Le chat et la souris", "Tout ça … pour ça !", "Hommes-femmes : mode d'emploi", "Ces amours-là", etc.) mais aussi des acteurs disparus (comme Patrick Dewaere, Jacques Villeret …). Les fans seront curieux de découvrir un Claude Lelouch en pleine action, dirigeant les comédiens avec passion et fermeté. Les détracteurs ne pourront pas, eux, ne pas reconnaître le talent de cet autodidacte.

 

Un adolescent dans un corps d'adulte

 

Il faut savoir que le documentaire "D'un film à l'autre" n'était pas destiné, au départ, à être diffusé massivement. Il a été produit à l'occasion du cinquantième anniversaire de la société de production "Films 13", créée par Claude Lelouch. "Je l'ai fait pour ma famille et mes amis, pour une séance souvenir," informe ce dernier. "Je voulais expliquer à mes sept enfants pourquoi j'avais consacré plus de temps au cinéma qu'à leur éducation.  Puis, des écoles de cinéma s'y sont intéressées pour des master classes. Je suis allé à Moscou, Los Angeles… Face au succès rencontré, tout le monde peut le voir maintenant !" Claude Lelouch a su s'imposer dans le paysage cinématographique français et atteindre le sommet. A-t-il encore des rêves avec une telle carrière ? Lorsqu'on lui pose la question, il répond du tact au tact, sans sourciller. "Bien sûr, sinon je serais un vieux con (Rires) ! J'ai d'ailleurs deux projets en cours; un premier tournage devrait débuter l'an prochain. Je n'ai de toute façon pas quitté l'adolescence. C'est comme si j'avais encore 18 ans. J'aime beaucoup faire des rêves éveillés, en plein jour… J'espère que mes derniers films seront les meilleurs." Claude Lelouch aura finalement tout connu, le meilleur comme le pire. "Oui, j'ai eu des hauts et des bas," confie-t-il avant de partir. "Ce film pourrait raconter la vie de n'importe qui d'autre en fait, un plombier par exemple, car la vie, c'est un peu comme la météo et il faut faire avec. J'ai pu mesurer la force de l'échec quand on le transforme en victoire. C'est le message que je souhaite faire passer aux jeunes générations."

 

Émilie RENCIEN

 

www.lesfilms13.com

www.museematra.com

 

 

 

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