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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 12:38

Ajami
AJAMI
Film israélien de Scandar Copti avec Shakir Kabaha,  (vostf - 2h00) Mention Caméra d’Or au Festival de Cannes


Ajami est un quartier de Jaffa, où cohabitent Juifs, Musulmans, Chrétiens. Omar, arabe israëlien, et toute sa famille sont en danger depuis que leur oncle a tiré sur un membre important d'une autre famille ; mais Omar peine à trouver une solution pour réparer ce drame. Malek, un jeune réfugié Palestinien, doit travailler illégalement en Israël pour financer l'opération que sa mère doit subir. Quant à Dando, un policier juif, il ne désire qu'une chose : se venger de la mort de son frère...
Des destins croisés au coeur d'une cité où le chaos s'installe.


La critique [evene] par Thomas Chouanière
Apre, violent et profondément désespéré, 'Ajami' éclate comme une fusillade et annihile les images galvaudées du Proche-Orient. Les deux réalisateurs ne banalisent jamais la violence qu'ils mettent en scène crûment. Sans la styliser, ils montrent l'agressivité permanente régnant entre deux peuples, et au sein même de chaque communauté.

Le regard se fixe longuement sur une famille palestinienne dans la ville de Jaffa, située à côté de Tel-Aviv, où les voisins peuvent être des ennemis depuis cinquante ans. Grâce au parti-pris de la fiction à forme documentaire, les agressions paraissent si réelles qu'elles font des spectateurs des témoins lâches. Le contexte est tel que les gouttes d'eau qui font déborder le vase se colorent vite de sang.

La difficulté de voir cohabiter la fierté arabe et l'atavisme israélien, doublée du mélange permanent de l'affectif et du politique, implique une tension durable et empêche les êtres de sortir de leur carcan. Cette épée de Damoclès, on la doit à un schéma scénaristique brillant : proche d'une tragédie classique, avec beaucoup d'indices au début, l'intrigue se divise en chapitres qui reviennent sur les mêmes événements.

A la frontière de 'Rashomon' de Kurosawa pour les points de vue multiples et de 'Pulp Fiction' pour les allers-retours subits sur la ligne du temps, le métrage en impose par sa maîtrise du récit à multiple focalisation. Le tout servi par des interprètes plongés dans l'intensité des situations, usant d'un langage du corps primaire mais riche. Ils brillent aussi lorsqu'ils s'élèvent pour devenir des destinées, ce vers quoi les pousse cette fiction.

Lorsque l'aube se lève sur 'Ajami', après une nuit très noire, ce n'est que pour éclairer le chaos et la désolation. Le premier film de Scandar Copti et Yaron Shani ressemble à ce que l'humanité sait faire de mieux : une tuerie, dans tous les sens du terme.

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